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Tehilim 10: Pourquoi, Éternel, te tiens-tu loin

תְּהִלִּים י · לָמָה יְהֹוָה תַּעֲמֹד
Un psaume sans suscription : il prolonge l'acrostiche alphabétique commencé au Psaume 9, si bien que 9 et 10 forment ensemble un seul poème (les anciennes versions grecque et latine n'en comptent qu'un). Dix-huit versets noués sur une plainte : Dieu semble absent (v.1) tandis que le méchant traque le pauvre et se dit « il n'y a pas de Dieu » (v.4). Le cri « Lève-toi, Éternel » (v.12) brise le silence, et la fin proclame l'Éternel roi pour toujours, qui entend l'orphelin (v.16-18). Récité dans les temps de détresse, quand la justice semble dormir.
♫ Suggestion guitare
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1
לָמָה יְהֹוָה תַּעֲמֹד בְּרָחוֹק
תַּעְלִים לְעִתּוֹת בַּצָּרָה
לָמָה
la-MA
pourquoi
יְהֹוָה
a-do-NAY
Éternel
תַּעֲמֹד
ta-a-MOD
te tiens-tu
בְּרָחוֹק
be-ra-CHOK
au loin
Pourquoi, Éternel, te tiens-tu au loin,
תַּעְלִים
ta'-LIM
te caches-tu
לְעִתּוֹת
le-i-TOT
aux temps
בַּצָּרָה
ba-tza-RA
de détresse
te dérobant aux temps de détresse ?
Le cri d'ouverture de tout le psaume. Lamah (« pourquoi ») n'est pas une demande d'information mais une protestation. Dieu n'est pas dépeint comme hostile mais comme distant : il se tient loin (בְּרָחוֹק) et se dérobe (תַּעְלִים, litt. « tu te dissimules ») à l'instant même de la détresse.
2
בְּגַאֲוַת רָשָׁע יִדְלַק עָנִי
יִתָּפְשׂוּ בִּמְזִמּוֹת זוּ חָשָׁבוּ
בְּגַאֲוַת
be-ga-a-VAT
dans l'arrogance du
רָשָׁע
ra-SHA
méchant
יִדְלַק
yid-LAK
il traque ardemment
עָנִי
a-NI
le pauvre
Dans son arrogance le méchant traque le pauvre
יִתָּפְשׂוּ
yi-ta-fe-SU
qu'ils soient pris
בִּמְזִמּוֹת
bim-zi-MOT
dans les complots
זוּ
ZU
que
חָשָׁבוּ
cha-SHA-vu
ils ont conçus
qu'ils soient pris dans les complots qu'ils ont conçus.
Le verbe יִדְלַק (yidlak) signifie littéralement « brûle / poursuit ardemment », même racine que l'allumage d'un feu (Genèse 31:36). Le méchant n'opprime pas seulement le pauvre ; il le traque comme une flamme. La seconde ligne est un souhait : que les comploteurs soient pris dans leurs propres complots (מְזִמּוֹת).
3
כִּי הִלֵּל רָשָׁע עַל תַּאֲוַת נַפְשׁוֹ
וּבֹצֵעַ בֵּרֵךְ נִאֵץ יְהֹוָה
כִּי
KI
car
הִלֵּל
hi-LEL
loue / se vante
רָשָׁע
ra-SHA
le méchant
עַל
AL
de
תַּאֲוַת
ta-a-VAT
la convoitise de
נַפְשׁוֹ
naf-SHO
son âme
Car le méchant se vante de la convoitise de son âme
וּבֹצֵעַ
u-vo-TZE-a
et l'avide
בֵּרֵךְ
be-REKH
se bénit
נִאֵץ
ni-ETZ
[et] méprise
יְהֹוָה
a-do-NAY
l'Éternel
et l'avide se bénit lui-même, méprisant l'Éternel.
Le méchant « loue » (הִלֵּל) sa propre convoitise : le verbe de Hallelouya retourné, la louange braquée sur l'appétit. L'avide (בֹּצֵעַ, celui qui taille un profit) « bénit » ce qu'il pille et ainsi méprise (נִאֵץ) l'Éternel. Le même verbe נִאֵץ revient au v.13 : il encadre toute sa posture.
4
רָשָׁע כְּגֹבַהּ אַפּוֹ בַּל יִדְרֹשׁ
אֵין אֱלֹהִים כׇּל מְזִמּוֹתָיו
רָשָׁע
ra-SHA
le méchant
כְּגֹבַהּ
ke-GO-vah
dans la hauteur de
אַפּוֹ
a-PO
son nez (= orgueil)
בַּל
BAL
ne…pas
יִדְרֹשׁ
yid-ROSH
demander des comptes
Le méchant, dans son orgueil hautain, [pense que Dieu] ne demande pas de comptes ;
אֵין
EIN
il n'y a pas de
אֱלֹהִים
e-lo-HIM
Dieu
כׇּל
KOL
[sont] tous
מְזִמּוֹתָיו
me-zi-mo-TAV
ses complots
« il n'y a pas de Dieu » est la somme de tous ses complots.
Le centre du credo du méchant. « Dans la hauteur de son nez » (כְּגֹבַהּ אַפּוֹ) est une expression hébraïque pour l'orgueil, la narine levée du mépris. Sa conclusion : אֵין אֱלֹהִים (ein Elohim) = « il n'y a pas de Dieu ». Pas de la philosophie mais un athéisme pratique : Dieu ne demandera pas de comptes (בַּל יִדְרֹשׁ), donc le champ est libre pour tous ses complots.
5
יָחִילוּ דְרָכָו בְּכׇל עֵת
מָרוֹם מִשְׁפָּטֶיךָ מִנֶּגְדּוֹ
כׇּל צוֹרְרָיו יָפִיחַ בָּהֶם
יָחִילוּ
ya-CHI-lu
elles durent
דְרָכָו
de-ra-KHAV
ses voies
בְּכׇל
be-KHOL
en tout
עֵת
ET
temps
Ses voies prospèrent en tout temps ;
מָרוֹם
ma-ROM
[trop] hauts
מִשְׁפָּטֶיךָ
mish-pa-TE-kha
tes jugements
מִנֶּגְדּוֹ
mi-neg-DO
[sont] hors de sa vue
tes jugements sont trop hauts, hors de sa vue ;
כׇּל
KOL
tous
צוֹרְרָיו
tzo-re-RAV
ses adversaires
יָפִיחַ
ya-FI-ach
il souffle
בָּהֶם
ba-HEM
sur eux
sur tous ses adversaires il souffle son mépris.
Le scandale de la prospérité. Ses voies « durent » (יָחִילוּ) en tout temps, le mal semble réussir. Les jugements de Dieu sont trop hauts (מָרוֹם), hors de sa vue (מִנֶּגְדּוֹ) : non réfutés, simplement ignorés, au-delà de son horizon. Il souffle (יָפִיחַ) sur tous ses adversaires, un reniflement de mépris.
6
אָמַר בְּלִבּוֹ בַּל אֶמּוֹט
לְדֹר וָדֹר אֲשֶׁר לֹא בְרָע
אָמַר
a-MAR
il dit
בְּלִבּוֹ
be-li-BO
en son cœur
בַּל
BAL
je ne…pas
אֶמּוֹט
e-MOT
serai ébranlé
Il dit en son cœur : « je ne serai pas ébranlé ;
לְדֹר
le-DOR
de génération
וָדֹר
va-DOR
en génération
אֲשֶׁר
a-SHER
moi qui
לֹא
LO
ne [serai] pas
בְרָע
ve-RA
dans le malheur
de génération en génération je ne serai jamais dans le malheur. »
Premier des trois « il dit en son cœur » (אָמַר בְּלִבּוֹ), le monologue intérieur du méchant, répété aux v.11 et v.13. Ici son fantasme de permanence : בַּל אֶמּוֹט = « je ne serai pas ébranlé », la formule même que le juste emploie de la stabilité de Dieu (Ps 16:8), ici volée pour soi. Il se croit intouchable « de génération en génération ».
7
אָלָה פִּיהוּ מָלֵא וּמִרְמוֹת וָתֹךְ
תַּחַת לְשׁוֹנוֹ עָמָל וָאָוֶן
אָלָה
a-LA
malédiction
פִּיהוּ
pi-HU
sa bouche
מָלֵא
ma-LE
est pleine
וּמִרְמוֹת
u-mir-MOT
et de tromperie
וָתֹךְ
va-TOKH
et d'oppression
Sa bouche est pleine de malédiction, de tromperie et d'oppression ;
תַּחַת
TA-chat
sous
לְשׁוֹנוֹ
le-sho-NO
sa langue
עָמָל
a-MAL
peine
וָאָוֶן
va-A-ven
et iniquité
sous sa langue sont la peine et l'iniquité.
La bouche et la langue comme armes. Sa bouche est « pleine » (מָלֵא) de trois choses : malédiction (אָלָה), tromperie (מִרְמוֹת), oppression (תֹּךְ). Sous sa langue (תַּחַת לְשׁוֹנוֹ) se cachent la peine (עָמָל) et l'iniquité (אָוֶן), cité par Paul en Romains 3:14. L'image : le poison tenu prêt sous la langue, comme un serpent.
8
יֵשֵׁב בְּמַאְרַב חֲצֵרִים
בַּמִּסְתָּרִים יַהֲרֹג נָקִי
עֵינָיו לְחֵלְכָה יִצְפֹּנוּ
יֵשֵׁב
ye-SHEV
il se tapit
בְּמַאְרַב
be-ma'-RAV
en embuscade des
חֲצֵרִים
cha-tze-RIM
villages
Il se tapit en embuscade près des villages ;
בַּמִּסְתָּרִים
ba-mis-ta-RIM
dans les cachettes
יַהֲרֹג
ya-ha-ROG
il tue
נָקִי
na-KI
l'innocent
depuis sa cachette il tue l'innocent ;
עֵינָיו
ei-NAV
ses yeux
לְחֵלְכָה
le-chel-KHA
vers le misérable
יִצְפֹּנוּ
yitz-PO-nu
guettent
ses yeux guettent le misérable.
Le méchant en embuscade. Il « siège » (יֵשֵׁב) en embuscade près des villages, tuant l'innocent (נָקִי) depuis sa cachette (בַּמִּסְתָּרִים). Le mot rare חֵלְכָה (chelkhah), « le malheureux, le misérable », n'apparaît presque que dans ce psaume (v.8, 14) : le pauvre sans défense que ses yeux « guettent en réserve » (יִצְפֹּנוּ) comme une proie.
9
יֶאֱרֹב בַּמִּסְתָּר כְּאַרְיֵה בְסֻכֹּה
יֶאֱרֹב לַחֲטוֹף עָנִי
יַחְטֹף עָנִי בְּמׇשְׁכוֹ בְרִשְׁתּוֹ
יֶאֱרֹב
ye-e-ROV
il guette
בַּמִּסְתָּר
ba-mis-TAR
dans une cachette
כְּאַרְיֵה
ke-ar-YE
comme un lion
בְסֻכֹּה
ve-su-KO
dans son repaire
Il guette en secret comme un lion dans son repaire ;
יֶאֱרֹב
ye-e-ROV
il guette
לַחֲטוֹף
la-cha-TOF
pour saisir
עָנִי
a-NI
le pauvre
il guette pour saisir le pauvre ;
יַחְטֹף
yach-TOF
il saisit
עָנִי
a-NI
le pauvre
בְּמׇשְׁכוֹ
be-mosh-KHO
en le tirant
בְרִשְׁתּוֹ
ve-rish-TO
dans son filet
il saisit le pauvre, le tirant dans son filet.
Deux images de prédateur fondues : le lion (אַרְיֵה) dans son fourré et le chasseur avec son filet (רֶשֶׁת). Le verbe arav (יֶאֱרֹב, « guetter ») se répète comme un battement de cœur. Le pauvre (עָנִי) est nommé deux fois, pris à l'instant où le filet se tire (בְּמׇשְׁכוֹ), le piège se refermant au ralenti.
10
יִדְכֶּה יָשֹׁחַ
וְנָפַל בַּעֲצוּמָיו חֵל כָּאִים
יִדְכֶּה
yid-KE
il s'écrase / s'accroupit
יָשֹׁחַ
ya-SHO-ach
il se baisse
Il s'accroupit, il se baisse,
וְנָפַל
ve-na-FAL
et [ils] tombent
בַּעֲצוּמָיו
ba-a-tzu-MAV
par sa force
חֵל
CHEL
la troupe des
כָּאִים
ka-IM
malheureux
et les malheureux tombent par sa force.
Un verset textuellement difficile (les lectures qeré/ketiv diffèrent). L'image est l'accroupissement du prédateur : il est écrasé (יִדְכֶּה) et se baisse (יָשֹׁחַ), ou la proie s'effondre, et les malheureux (חֵל כָּאִים, même racine que chelkhah au v.8) tombent par ses « forts » (בַּעֲצוּמָיו), ses griffes ou sa force.
11
אָמַר בְּלִבּוֹ שָׁכַח אֵל
הִסְתִּיר פָּנָיו בַּל רָאָה לָנֶצַח
אָמַר
a-MAR
il dit
בְּלִבּוֹ
be-li-BO
en son cœur
שָׁכַח
sha-KHACH
a oublié
אֵל
EL
Dieu
Il dit en son cœur : « Dieu a oublié ;
הִסְתִּיר
his-TIR
il a caché
פָּנָיו
pa-NAV
sa face
בַּל
BAL
il ne…jamais
רָאָה
ra-A
voit
לָנֶצַח
la-NE-tzach
à jamais
il a caché sa face, il ne voit jamais. »
Le deuxième « il dit en son cœur », le cœur théologique du psaume. שָׁכַח אֵל (shakhach El) = « Dieu a oublié ». Le méchant ne nie pas que Dieu existe ; il nie que Dieu fasse attention. Il bâtit toute sa carrière sur une Face cachée (הִסְתִּיר פָּנָיו) et un Dieu qui « ne voit jamais » (בַּל רָאָה לָנֶצַח). Le v.14 répondra par le verbe inverse : « tu as vu ».
12
קוּמָה יְהֹוָה אֵל נְשָׂא יָדֶךָ
אַל תִּשְׁכַּח עֲנָוִים
קוּמָה
KU-ma
lève-toi
יְהֹוָה
a-do-NAY
Éternel
אֵל
EL
ô Dieu
נְשָׂא
ne-SA
lève
יָדֶךָ
ya-DE-kha
ta main
Lève-toi, Éternel ! Ô Dieu, lève ta main ;
אַל
AL
ne…pas
תִּשְׁכַּח
tish-KACH
oublie
עֲנָוִים
a-na-VIM
les humbles
n'oublie pas les humbles.
La charnière du psaume. Après onze versets de plainte et d'embuscade, la prière éclate enfin : קוּמָה (Koumah) = « Lève-toi ! », le cri qui rappelle l'Arche qui se met en marche (Nombres 10:35). « Lève ta main » (נְשָׂא יָדֶךָ) répond au nez levé du méchant (v.4). Et contre « Dieu a oublié » (v.11), la supplique directe : אַל תִּשְׁכַּח = « N'oublie pas les humbles ».
13
עַל מֶה נִאֵץ רָשָׁע אֱלֹהִים
אָמַר בְּלִבּוֹ לֹא תִדְרֹשׁ
עַל
AL
pour
מֶה
ME
quoi
נִאֵץ
ni-ETZ
méprise
רָשָׁע
ra-SHA
le méchant
אֱלֹהִים
e-lo-HIM
Dieu
Pourquoi le méchant méprise-t-il Dieu,
אָמַר
a-MAR
disant
בְּלִבּוֹ
be-li-BO
en son cœur
לֹא
LO
tu ne…pas
תִדְרֹשׁ
tid-ROSH
demanderas des comptes
disant en son cœur : « tu ne demanderas pas de comptes » ?
Le troisième « il dit en son cœur », qui clôt le trio (v.6, 11, 13). Le verbe נִאֵץ (ni'etz, « mépriser ») revient du v.3, l'encadrement est complet. L'ultime présupposé du méchant : לֹא תִדְרֹשׁ = « tu ne demanderas pas de comptes », même racine דרשׁ qu'au v.4 et, par jeu de mots, qu'au v.15.
14
רָאִתָה כִּי אַתָּה עָמָל וָכַעַס תַּבִּיט לָתֵת בְּיָדֶךָ
עָלֶיךָ יַעֲזֹב חֵלֵכָה
יָתוֹם אַתָּה הָיִיתָ עוֹזֵר
רָאִתָה
ra-I-ta
tu as vu
כִּי
KI
car
אַתָּה
a-TA
toi
עָמָל
a-MAL
la peine
וָכַעַס
va-KHA-as
et le chagrin
תַּבִּיט
ta-BIT
tu regardes
לָתֵת
la-TET
pour prendre
בְּיָדֶךָ
be-ya-DE-kha
en ta main
Tu as vu ! Car tu regardes la peine et le chagrin, pour les prendre en ta main.
עָלֶיךָ
a-LE-kha
sur toi
יַעֲזֹב
ya-a-ZOV
il s'abandonne
חֵלֵכָה
che-le-KHA
le malheureux
À toi le malheureux s'abandonne ;
יָתוֹם
ya-TOM
de l'orphelin
אַתָּה
a-TA
toi
הָיִיתָ
ha-YI-ta
tu as été
עוֹזֵר
o-ZER
le secours
tu as été le secours de l'orphelin.
La grande réponse : רָאִתָה (ra'itah) = « tu as vu ! » Le renversement exact du « il ne voit jamais » du méchant (v.11). Dieu regarde bien la peine (עָמָל) et le chagrin (כַעַס), pour les prendre en sa main. Le malheureux (חֵלֵכָה) s'abandonne à Dieu, nommé ici par son titre le plus tendre : le secours de l'orphelin (יָתוֹם … עוֹזֵר).
15
שְׁבֹר זְרוֹעַ רָשָׁע וָרָע
תִּדְרוֹשׁ רִשְׁעוֹ בַל תִּמְצָא
שְׁבֹר
she-VOR
brise
זְרוֹעַ
ze-RO-a
le bras du
רָשָׁע
ra-SHA
méchant
וָרָע
va-RA
et du mauvais
Brise le bras du méchant et du mauvais ;
תִּדְרוֹשׁ
tid-ROSH
recherche
רִשְׁעוֹ
rish-O
sa méchanceté
בַל
BAL
[jusqu'à] ne plus
תִּמְצָא
tim-TZA
en trouver
recherche sa méchanceté jusqu'à n'en plus rien trouver.
La supplique devient active : « brise le bras (זְרוֹעַ, symbole de la force) du méchant ». Puis un jeu de mots : תִּדְרוֹשׁ (tidrosh) signifie ici « rechercher » sa méchanceté pour la juger, même racine דרשׁ dont le méchant se moquait aux v.4 et v.13 (« il ne demande pas de comptes »). Dieu cherchera jusqu'à ne plus rien trouver (בַל תִּמְצָא) : le mal effacé.
16
יְהֹוָה מֶלֶךְ עוֹלָם וָעֶד
אָבְדוּ גוֹיִם מֵאַרְצוֹ
יְהֹוָה
a-do-NAY
l'Éternel
מֶלֶךְ
ME-lekh
est roi
עוֹלָם
o-LAM
pour toujours
וָעֶד
va-ED
et à jamais
L'Éternel est roi pour toujours et à jamais ;
אָבְדוּ
av-DU
ont péri
גוֹיִם
go-YIM
les nations
מֵאַרְצוֹ
me-ar-TZO
de sa terre
les nations ont péri de sa terre.
La réponse au silence du v.1 : Dieu est roi. יְהֹוָה מֶלֶךְ עוֹלָם וָעֶד = « l'Éternel est roi pour toujours et à jamais ». Le Dieu qui semblait « se tenir au loin » (v.1) est en fait intronisé sur tout le temps. Les nations (גוֹיִם), les puissances orgueilleuses, « périssent » (אָבְדוּ) de sa terre, le même verbe תֹּאבֵד employé pour la voie des méchants en Ps 1:6.
17
תַּאֲוַת עֲנָוִים שָׁמַעְתָּ יְהֹוָה
תָּכִין לִבָּם תַּקְשִׁיב אָזְנֶךָ
תַּאֲוַת
ta-a-VAT
le désir des
עֲנָוִים
a-na-VIM
humbles
שָׁמַעְתָּ
sha-MA-ta
tu as entendu
יְהֹוָה
a-do-NAY
Éternel
Tu as entendu le désir des humbles, Éternel ;
תָּכִין
ta-KHIN
tu affermis
לִבָּם
li-BAM
leur cœur
תַּקְשִׁיב
tak-SHIV
tu tends
אָזְנֶךָ
oz-NE-kha
ton oreille
tu affermis leur cœur, tu tends ton oreille,
Le renversement achevé : le même mot תַּאֲוַת (ta'avat, « désir ») qui nommait l'appétit avide du méchant au v.3 nomme maintenant le soupir des humbles (עֲנָוִים) que Dieu entend. Il n'écoute pas seulement ; il « affermit leur cœur » (תָּכִין לִבָּם) et « tend son oreille » (תַּקְשִׁיב אָזְנֶךָ) : le Dieu caché du v.1 désormais penché tout près.
18
לִשְׁפֹּט יָתוֹם וָדָךְ
בַּל יוֹסִיף עוֹד לַעֲרֹץ אֱנוֹשׁ מִן הָאָרֶץ
לִשְׁפֹּט
lish-POT
pour juger
יָתוֹם
ya-TOM
l'orphelin
וָדָךְ
va-DAKH
et l'opprimé
pour juger l'orphelin et l'opprimé,
בַּל
BAL
ne…plus
יוֹסִיף
yo-SIF
ne continue
עוֹד
OD
encore
לַעֲרֹץ
la-a-ROTZ
à terrifier
אֱנוֹשׁ
e-NOSH
l'homme mortel
מִן
MIN
de
הָאָרֶץ
ha-A-retz
la terre
afin que l'homme mortel de la terre ne terrifie plus.
La fin revient à l'orphelin (יָתוֹם, comme au v.14) : tout le jugement de Dieu est pour l'orphelin et l'écrasé (דָּךְ). Le but est précis : que enosh (אֱנוֹשׁ, l'homme mortel et fragile, le mot même qui dit la petitesse de l'humain) ne « terrifie plus » (בַּל יוֹסִיף … לַעֲרֹץ). Le tyran est ramené à la poussière de la terre (מִן הָאָרֶץ) ; le silence du v.1 s'achève en justice.

♦ Analyse PARDES: פרדס

Les quatre niveaux de lecture juive du texte sacré : פשט Peshat (sens littéral), רמז Remez (allusion symbolique), דרש Drash (interprétation midrashique), סוד Sod (sens mystique). Le mot פרדס signifie « verger », chaque niveau est un fruit.

פשט · Peshat: sens littéral

Le psaume s'ouvre sur une question brute : V.1 : « Pourquoi, Éternel, te tiens-tu loin, te caches-tu aux temps de détresse ? » V.2-11 : un long portrait du méchant, qui traque le pauvre (v.2), se vante de son appétit (v.3) et, dans son arrogance, conclut « il n'y a pas de Dieu » (v.4) ; ses voies prospèrent, il dit « je ne serai pas ébranlé » (v.6), sa bouche est pleine de serments et de tromperie (v.7) ; il guette comme un lion pour saisir le faible (v.8-10), se disant « Dieu a oublié » (v.11). V.12-15 : la prière se retourne, « Lève-toi, Éternel » (v.12), « brise le bras du méchant » (v.15). V.16-18 : la résolution, l'Éternel est roi pour toujours, les nations périssent de sa terre, il entend les humbles et juge pour l'orphelin, afin que l'homme mortel ne terrifie plus.

רמז · Remez: allusion

Le psaume n'a pas de titre parce qu'il continue l'acrostiche du Psaume 9 : chaque section s'ouvre sur la lettre hébraïque suivante, et le 10 reprend l'alphabet (ל au v.1, ק à קוּמָה v.12) là où le 9 s'était arrêté. La couture fait sens : le Psaume 9 louait le Dieu qui juge ; le Psaume 10 demande pourquoi ce Juge se tait. Noter le mot rare חֵלְכָה (chelkhah, v.8, 14) et חֵל כָּאִים (chel ka'im, v.10) : « le misérable, le malheureux », terme poétique pour le pauvre écrasé qui n'apparaît presque qu'ici. Et le verbe du méchant נִאֵץ (ni'etz, v.3, 13), « mépriser », encadre toute sa vie intérieure : il ne pèche pas seulement, il méprise celui qui demande des comptes.

דרש · Drash: interprétation

Le cœur du psaume est le monologue intérieur du méchant : trois fois il « dit en son cœur » (אָמַר בְּלִבּוֹ) : « je ne serai pas ébranlé » (v.6), « Dieu a oublié, il a caché sa face, il ne voit jamais » (v.11), « tu ne demanderas pas de comptes » (v.13). Sa théologie n'est pas tant le déni de l'existence de Dieu que le déni de son attention, שָׁכַח אֵל (shakhach El, v.11) = « Dieu a oublié ». Le psalmiste lui répond au v.14 par le verbe exactement inverse : רָאִתָה (ra'itah) = « tu as vu ». Le méchant dit que Dieu cache ses yeux ; le poète dit que l'œil de Dieu est précisément sur la peine (עָמָל) et le chagrin (כַעַס). Tout le drame se joue sur une seule question : Dieu regarde-t-il ?

סוד · Sod: sens mystique

Le psaume nomme Dieu par un titre tendre que l'on ne trouve presque nulle part ailleurs : אֲבִי יָתוֹם, le « père de l'orphelin », est l'idée derrière le V.14, « tu as été le secours de l'orphelin », et le v.18, « pour juger l'orphelin et l'opprimé ». Le Dieu qui semble loin (v.1) se révèle le plus proche de tous, celui qui tient la place du père absent. La structure reflète ce cacher et ce dévoiler : le hester panim (הִסְתִּיר פָּנָיו, v.11, « il a caché sa face ») que le méchant célèbre reçoit pour réponse le Dieu qui, caché, voit encore. Mystiquement, le silence du v.1 n'est pas absence mais tsimtsoum, un retrait qui fait place au cri « Lève-toi » (קוּמָה, v.12), la parole humaine qui rappelle le Roi dans son royaume (v.16). Réciter ce psaume, c'est rappeler la Face cachée vers l'orphelin.