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Tehilim 9: Je Te louerai de tout mon cœur

תְּהִלִּים ט · אוֹדֶה יְהֹוָה
Psaume de reconnaissance envers l'Éternel comme juge juste des nations. David chante les ennemis qui trébuchent et disparaissent (v.4), le trône dressé pour le jugement qui demeure à jamais (v.8), l'Éternel comme misgav, haute citadelle pour l'opprimé (v.10). C'est un acrostiche alphabétique partiel qui ne se referme pas ici : les lettres se poursuivent dans le Psaume 10, si bien que les Ps 9-10 forment un seul alphabet brisé, la louange interrompue par le cri contre les méchants impunis.
♫ Suggestion guitare
| Am Em | Dm Am | Am F | Em Am |
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1
לַמְנַצֵּחַ עַל מוּת לַבֵּן
מִזְמוֹר לְדָוִד
לַמְנַצֵּחַ
lam-na-TZE-ach
au chef de chœur
עַל
AL
sur
מוּת
MUT
la mort de (?)
לַבֵּן
la-BEN
le fils (?)
Au chef de chœur ; sur « mouth labben » (sens incertain).
מִזְמוֹר
miz-MOR
un psaume
לְדָוִד
le-da-VID
de David
Un psaume de David.
Suscription. Al mouth labben est l'une des expressions les plus obscures du Psautier ; les versions anciennes lisent « sur la mort du fils », d'autres y voient le nom d'un air. Les Massorètes eux-mêmes ont noté son sens comme incertain. L'acrostiche proprement dit commence au v.2.
2
אוֹדֶה יְהֹוָה בְּכָל לִבִּי
אֲסַפְּרָה כָּל נִפְלְאוֹתֶיךָ
אוֹדֶה
o-DEH
je louerai
יְהֹוָה
a-do-NAY
l'Éternel
בְּכָל
be-KHOL
de tout
לִבִּי
li-BI
mon cœur
Je louerai l'Éternel de tout mon cœur
אֲסַפְּרָה
a-sap-pe-RA
je raconterai
כָּל
KOL
toutes
נִפְלְאוֹתֶיךָ
nif-le-o-TEI-kha
Tes merveilles
je raconterai toutes Tes merveilles.
אוֹדֶה (odeh, « je louerai ») ouvre l'alphabet à la lettre א. La louange est totale : be-khol libbi, « de tout mon cœur », et kol nifle'oteikha, « toutes Tes merveilles ». Le verbe asaprah (« je raconterai ») fait de l'action de grâce un acte de récit, pas seulement de sentiment.
3
אֶשְׂמְחָה וְאֶעֶלְצָה בָךְ
אֲזַמְּרָה שִׁמְךָ עֶלְיוֹן
אֶשְׂמְחָה
es-me-CHA
je me réjouirai
וְאֶעֶלְצָה
ve-e'el-TZA
et j'exulterai
בָךְ
BAKH
en Toi
Je me réjouirai et j'exulterai en Toi
אֲזַמְּרָה
a-zam-me-RA
je chanterai
שִׁמְךָ
shim-KHA
Ton nom
עֶלְיוֹן
el-YON
ô Très-Haut
je chanterai Ton nom, ô Très-Haut.
Trois verbes au cohortatif d'affilée, tous encore sur la lettre א : esmechah (je me réjouirai), e'eltzah (j'exulterai), azammerah (je chanterai). La joie est bakh, « en Toi », non dans la victoire elle-même. עֶלְיוֹן (Elyon), « le Très-Haut », nomme Dieu par Sa hauteur, préparant le misgav du v.10.
4
בְּשׁוּב אוֹיְבַי אָחוֹר
יִכָּשְׁלוּ וְיֹאבְדוּ מִפָּנֶיךָ
בְּשׁוּב
be-SHUV
quand reculent
אוֹיְבַי
oy-VAI
mes ennemis
אָחוֹר
a-CHOR
en arrière
Quand mes ennemis reculent
יִכָּשְׁלוּ
yik-ka-she-LU
ils trébuchent
וְיֹאבְדוּ
ve-yo-ve-DU
et périssent
מִפָּנֶיךָ
mi-pa-NEI-kha
devant Toi
ils trébuchent et périssent devant Toi.
בְּשׁוּב (be-shouv) ouvre la lettre ב. La chute des ennemis n'est pas causée par le chantre mais par la seule présence de Dieu : mi-paneikha, « de devant Ta face ». Tourner le dos (shouv aḥor), c'est déjà trébucher (yikkashlou) et périr (yovedou).
5
כִּי עָשִׂיתָ מִשְׁפָּטִי וְדִינִי
יָשַׁבְתָּ לְכִסֵּא שׁוֹפֵט צֶדֶק
כִּי
KI
car
עָשִׂיתָ
a-SI-ta
Tu as fait / soutenu
מִשְׁפָּטִי
mish-pa-TI
mon droit
וְדִינִי
ve-di-NI
et ma cause
Car Tu as soutenu mon droit et ma cause
יָשַׁבְתָּ
ya-SHAV-ta
Tu T'es assis
לְכִסֵּא
le-khis-SE
sur le trône
שׁוֹפֵט
sho-FET
jugeant
צֶדֶק
TZE-dek
avec justice
siégeant en juge juste.
La raison (ki) : Dieu a « fait » (asita) le droit et la cause du chantre ; Il a accompli la justice, non pas seulement déclarée. שׁוֹפֵט צֶדֶק (shofet tzédek), « juge juste », introduit l'image centrale du psaume : l'Éternel assis (yashavta) sur le trône du jugement.
6
גָּעַרְתָּ גוֹיִם אִבַּדְתָּ רָשָׁע
שְׁמָם מָחִיתָ לְעוֹלָם וָעֶד
גָּעַרְתָּ
ga-AR-ta
Tu as réprimandé
גוֹיִם
go-YIM
les nations
אִבַּדְתָּ
ib-BAD-ta
Tu as fait périr
רָשָׁע
ra-SHA
le méchant
Tu as réprimandé les nations, Tu as fait périr le méchant
שְׁמָם
she-MAM
leur nom
מָחִיתָ
ma-CHI-ta
Tu as effacé
לְעוֹלָם
le-o-LAM
à jamais
וָעֶד
va-ED
et toujours
Tu as effacé leur nom à jamais et toujours.
גָּעַרְתָּ (ga'arta) ouvre la lettre ג : « Tu as réprimandé ». Une réprimande divine n'est pas parole mais acte qui détruit (ibbadta). מָחִיתָ (machita), « Tu as effacé leur nom », est l'effacement du registre de l'être, le contraire du nom qui demeure.
7
הָאוֹיֵב תַּמּוּ חֳרָבוֹת לָנֶצַח
וְעָרִים נָתַשְׁתָּ
אָבַד זִכְרָם הֵמָּה
הָאוֹיֵב
ha-o-YEV
l'ennemi
תַּמּוּ
TAM-mu
sont achevées
חֳרָבוֹת
cho-ra-VOT
ruines
לָנֶצַח
la-NE-tzach
à jamais
L'ennemi n'est plus, ruines à jamais
וְעָרִים
ve-a-RIM
et des villes
נָתַשְׁתָּ
na-TASH-ta
Tu as arrachées
et les villes Tu les as arrachées,
אָבַד
a-VAD
a péri
זִכְרָם
zikh-RAM
leur souvenir
הֵמָּה
HEM-ma
eux [-mêmes]
leur souvenir même a péri.
הָאוֹיֵב (ha-oyev) ouvre la lettre ה ; le verset est grammaticalement heurté (les Massorètes l'ont signalé). Les ḥoravot (ruines) de l'ennemi sont « achevées à jamais » ; les villes sont natashta, « arrachées ». La clôture avad zikhram hémmah, « leur souvenir a péri, eux », laisse le pronom en suspens, comme si les méchants se dissolvaient au milieu de la phrase.
8
וַיהֹוָה לְעוֹלָם יֵשֵׁב
כּוֹנֵן לַמִּשְׁפָּט כִּסְאוֹ
וַיהֹוָה
va-do-NAY
mais l'Éternel
לְעוֹלָם
le-o-LAM
à jamais
יֵשֵׁב
ye-SHEV
demeure / siège
Mais l'Éternel demeure à jamais
כּוֹנֵן
ko-NEN
Il a affermi
לַמִּשְׁפָּט
lam-mish-PAT
pour le jugement
כִּסְאוֹ
kis-O
son trône
Il a dressé son trône pour le jugement.
Le pivot du psaume. Contre les trônes renversés des nations (v.7), « l'Éternel demeure (yeshev) à jamais ». כּוֹנֵן (konén), « Il a affermi », est le verbe même de l'établissement du monde à la création : Son trône lammishpat, « pour le jugement », est dressé ferme là où les leurs sont arrachés.
9
וְהוּא יִשְׁפֹּט תֵּבֵל בְּצֶדֶק
יָדִין לְאֻמִּים בְּמֵישָׁרִים
וְהוּא
ve-HU
et c'est Lui qui
יִשְׁפֹּט
yish-POT
jugera
תֵּבֵל
te-VEL
le monde
בְּצֶדֶק
be-TZE-dek
avec justice
Et c'est Lui qui jugera le monde avec justice
יָדִין
ya-DIN
Il jugera
לְאֻמִּים
le-um-MIM
les peuples
בְּמֵישָׁרִים
be-mei-sha-RIM
avec équité
Il jugera les peuples avec équité.
La portée universelle du jugement : tevel (le monde habité) et le'oummim (les peuples). בְּמֵישָׁרִים (be-meisharim), « avec droiture / équité », fait paire avec be-tzédek, « avec justice » : un jugement à la fois juste et droit, qui ne penche vers personne.
10
וִיהִי יְהֹוָה מִשְׂגָּב לַדָּךְ
מִשְׂגָּב לְעִתּוֹת בַּצָּרָה
וִיהִי
vi-HI
et que soit
יְהֹוָה
a-do-NAY
l'Éternel
מִשְׂגָּב
mis-GAV
une citadelle
לַדָּךְ
lad-DAKH
pour l'opprimé
L'Éternel est une citadelle pour l'opprimé
מִשְׂגָּב
mis-GAV
une citadelle
לְעִתּוֹת
le-it-TOT
pour les temps
בַּצָּרָה
batz-tza-RA
de détresse
une citadelle aux temps de détresse.
מִשְׂגָּב (misgav), répété deux fois, est le mot-cœur du psaume : une haute citadelle, une hauteur inaccessible (racine שׂגב). Pour le dakh (le broyé, l'amenuisé) Dieu n'est pas un mur mais une élévation : un refuge par l'ascension, « aux temps de détresse ».
11
וְיִבְטְחוּ בְךָ יוֹדְעֵי שְׁמֶךָ
כִּי לֹא עָזַבְתָּ דֹרְשֶׁיךָ יְהֹוָה
וְיִבְטְחוּ
ve-yiv-te-CHU
et ils se confient
בְךָ
ve-KHA
en Toi
יוֹדְעֵי
yo-de-EI
ceux qui connaissent
שְׁמֶךָ
she-ME-kha
Ton nom
Ceux qui connaissent Ton nom se confient en Toi
כִּי
KI
car
לֹא
LO
ne…pas
עָזַבְתָּ
a-ZAV-ta
Tu as abandonné
דֹרְשֶׁיךָ
dor-SHEI-kha
ceux qui Te cherchent
יְהֹוָה
a-do-NAY
ô Éternel
car Tu n'as pas abandonné ceux qui Te cherchent, ô Éternel.
יוֹדְעֵי שְׁמֶךָ (yod'ei shemekha), « ceux qui connaissent Ton nom » : connaître le nom, c'est se confier (yivtechou). דֹרְשֶׁיךָ (dorshécha), « ceux qui Te cherchent », partage la racine דרשׁ avec le dorésh damim du v.13 : Dieu recherche le sang des affligés comme Ses fidèles Le recherchent.
12
זַמְּרוּ לַיהֹוָה יֹשֵׁב צִיּוֹן
הַגִּידוּ בָעַמִּים עֲלִילוֹתָיו
זַמְּרוּ
zam-me-RU
chantez
לַיהֹוָה
la-do-NAY
à l'Éternel
יֹשֵׁב
yo-SHEV
qui réside en
צִיּוֹן
tzi-YON
Sion
Chantez à l'Éternel qui réside en Sion
הַגִּידוּ
hag-GI-du
racontez
בָעַמִּים
va-am-MIM
parmi les peuples
עֲלִילוֹתָיו
a-li-lo-TAV
ses hauts faits
racontez ses hauts faits parmi les peuples.
זַמְּרוּ (zammerou) ouvre la lettre ז : « Chantez ! » Le premier impératif adressé à autrui, après onze versets du « je » du chantre. Yoshev Tsion, « qui réside en Sion », fixe le trône du v.8 dans une ville précise ; haggidou va-ammim, « racontez parmi les peuples », rend la louange publique, missionnaire.
13
כִּי דֹרֵשׁ דָּמִים אוֹתָם זָכָר
לֹא שָׁכַח צַעֲקַת עֲנָוִים
כִּי
KI
car
דֹרֵשׁ
do-RESH
celui qui réclame
דָּמִים
da-MIM
le sang versé
אוֹתָם
o-TAM
eux
זָכָר
za-KHAR
s'est souvenu
Car Celui qui réclame le sang versé s'est souvenu d'eux
לֹא
LO
ne…pas
שָׁכַח
sha-KHACH
il a oublié
צַעֲקַת
tza-a-KAT
le cri des
עֲנָוִים
a-na-VIM
affligés
il n'a pas oublié le cri des affligés.
דֹרֵשׁ דָּמִים (doresh damim), « celui qui réclame le sang versé », est le vengeur des assassinés : Dieu se souvient (zakhar) d'eux. Le négatif jumeau, lo shakhach, « Il n'a pas oublié » le cri (tza'akat) des affligés, prépare la promesse finale du v.19. (Ketiv aniyyim / qeré anavim.)
14
חָנְנֵנִי יְהֹוָה רְאֵה עָנְיִי מִשֹּׂנְאָי
מְרוֹמְמִי מִשַּׁעֲרֵי מָוֶת
חָנְנֵנִי
chon-NE-ni
fais-moi grâce
יְהֹוָה
a-do-NAY
ô Éternel
רְאֵה
re-EH
vois
עָנְיִי
on-YI
mon affliction
מִשֹּׂנְאָי
mis-so-ne-AI
de mes ennemis
Fais-moi grâce, ô Éternel ; vois mon affliction du fait de mes ennemis
מְרוֹמְמִי
me-rom-ME-ni
qui me hisses
מִשַּׁעֲרֵי
mish-sha-a-REI
des portes de
מָוֶת
MA-vet
la mort
Toi qui me hisses hors des portes de la mort,
חָנְנֵנִי (chonnéni) ouvre la lettre ח sur le cri « Fais-moi grâce ! » L'action de grâce vire soudain à la supplication. מְרוֹמְמִי (meromemi), « qui me hisse haut », fait écho au misgav (v.10), le même mouvement vers le haut, hors des sha'arei mavèt, les portes de la mort.
15
לְמַעַן אֲסַפְּרָה כָּל תְּהִלָּתֶיךָ
בְּשַׁעֲרֵי בַת צִיּוֹן
אָגִילָה בִּישׁוּעָתֶךָ
לְמַעַן
le-MA-an
afin que
אֲסַפְּרָה
a-sap-pe-RA
je raconte
כָּל
KOL
toutes
תְּהִלָּתֶיךָ
te-hil-la-TEI-kha
Tes louanges
afin que je raconte toutes Tes louanges
בְּשַׁעֲרֵי
be-sha-a-REI
aux portes de
בַת
BAT
la fille de
צִיּוֹן
tzi-YON
Sion
aux portes de la fille de Sion,
אָגִילָה
a-GI-la
j'exulterai
בִּישׁוּעָתֶךָ
bi-shu-a-TE-kha
en Ton salut
j'exulterai en Ton salut.
Le but (lema'an) du sauvetage : asaprah, « afin que je raconte », le verbe même du v.2, qui referme un cadre. שַׁעֲרֵי בַת צִיּוֹן (sha'arei bat-Tsion), « les portes de la fille de Sion », répondent aux portes de la mort du v.14 : de la porte la plus basse à la plus haute, la délivrance est le chemin entre elles.
16
טָבְעוּ גוֹיִם בְּשַׁחַת עָשׂוּ
בְּרֶשֶׁת זוּ טָמָנוּ נִלְכְּדָה רַגְלָם
טָבְעוּ
ta-ve-U
se sont enfoncées
גוֹיִם
go-YIM
les nations
בְּשַׁחַת
be-SHA-chat
dans la fosse
עָשׂוּ
a-SU
qu'elles ont faite
Les nations se sont enfoncées dans la fosse qu'elles ont faite
בְּרֶשֶׁת
be-RE-shet
au filet
זוּ
ZU
que
טָמָנוּ
ta-MA-nu
elles ont caché
נִלְכְּדָה
nil-ke-DA
est pris
רַגְלָם
rag-LAM
leur pied
au filet qu'elles ont caché, leur propre pied est pris.
טָבְעוּ (tav'ou) ouvre la lettre ט, la lettre de ce psaume : « ils se sont enfoncés ». La justice poétique est exacte : les nations s'enfoncent dans la fosse qu'elles ont faite (shachat asou), leur pied pris au filet qu'elles ont caché (reshet zou tamanou). Le mal se piège lui-même : l'arme se retourne sur la main qui l'a posée.
17
נוֹדַע יְהֹוָה מִשְׁפָּט עָשָׂה
בְּפֹעַל כַּפָּיו נוֹקֵשׁ רָשָׁע
הִגָּיוֹן סֶלָה
נוֹדַע
no-DA
s'est fait connaître
יְהֹוָה
a-do-NAY
l'Éternel
מִשְׁפָּט
mish-PAT
un jugement
עָשָׂה
a-SA
Il a accompli
L'Éternel s'est fait connaître par le jugement qu'Il a accompli
בְּפֹעַל
be-FO-al
par l'ouvrage de
כַּפָּיו
kap-PAV
ses [propres] mains
נוֹקֵשׁ
no-KESH
est pris au piège
רָשָׁע
ra-SHA
le méchant
le méchant est pris au piège par l'ouvrage de ses propres mains.
הִגָּיוֹן
hig-ga-YON
Higgayon (une méditation)
סֶלָה
SE-la
Sélah (pause)
Higgayon. Sélah.
נוֹדַע (noda) ouvre la lettre י (Alep) / נ ; l'Éternel se « fait connaître » par le jugement qu'Il accomplit. Le méchant est pris au piège (nokesh) par l'ouvrage de ses propres mains, le même auto-piège qu'au v.16. הִגָּיוֹן סֶלָה (higgayon sélah) marque une pause méditative : higgayon un murmure bas ou un son de corde, sélah le silence tenu.
18
יָשׁוּבוּ רְשָׁעִים לִשְׁאוֹלָה
כָּל גּוֹיִם שְׁכֵחֵי אֱלֹהִים
יָשׁוּבוּ
ya-SHU-vu
retourneront
רְשָׁעִים
re-sha-IM
les méchants
לִשְׁאוֹלָה
li-she-O-la
au Shéol
Les méchants retourneront au Shéol
כָּל
KOL
toutes
גּוֹיִם
go-YIM
les nations
שְׁכֵחֵי
she-khe-CHEI
qui oublient
אֱלֹהִים
e-lo-HIM
Dieu
toutes les nations qui oublient Dieu.
יָשׁוּבוּ (yashouvou) ouvre la lettre י : « ils retourneront » ; les méchants descendent li-she'olah, « au Shéol ». Le trait déterminant est שְׁכֵחֵי אֱלֹהִים (shekhechei Elohim), « ceux qui oublient Dieu », le miroir du Dieu du v.13 qui n'oublie pas. Oublier, c'est tomber.
19
כִּי לֹא לָנֶצַח יִשָּׁכַח אֶבְיוֹן
תִּקְוַת עֲנִיִּים תֹּאבַד לָעַד
כִּי
KI
car
לֹא
LO
ne…pas
לָנֶצַח
la-NE-tzach
à jamais
יִשָּׁכַח
yish-sha-KHACH
sera oublié
אֶבְיוֹן
ev-YON
le pauvre
Car le pauvre ne sera pas oublié à jamais
תִּקְוַת
tik-VAT
l'espérance des
עֲנִיִּים
a-ni-YIM
affligés
תֹּאבַד
to-VAD
périra
לָעַד
la-AD
à jamais
ni l'espérance des affligés périra à jamais.
כִּי (ki) ouvre la lettre כ. La promesse qui répond au psaume entier : lo lanetzach yishakhach evyon, « le pauvre ne sera pas oublié à jamais » ; le yishakhach (oublié) nié renverse les oublieux du v.18. L'espérance (tikvah) des affligés ne périra pas la'ad, « à jamais ». (Ketiv anavim / qeré aniyyim.)
20
קוּמָה יְהֹוָה אַל יָעֹז אֱנוֹשׁ
יִשָּׁפְטוּ גוֹיִם עַל פָּנֶיךָ
קוּמָה
KU-ma
lève-toi
יְהֹוָה
a-do-NAY
ô Éternel
אַל
AL
que ne…pas
יָעֹז
ya-OZ
l'emporte
אֱנוֹשׁ
e-NOSH
l'homme mortel
Lève-toi, ô Éternel ! Que l'homme mortel ne l'emporte pas
יִשָּׁפְטוּ
yish-shaf-TU
que soient jugées
גוֹיִם
go-YIM
les nations
עַל
AL
devant
פָּנֶיךָ
pa-NEI-kha
Ta face
que les nations soient jugées devant Ta face.
קוּמָה (koumah), « Lève-toi ! » L'impératif hardi adressé à Dieu, le cri qui ouvre les guerres de Nombres 10:35. אֱנוֹשׁ (enosh), « homme mortel », nomme l'humanité dans sa plus grande fragilité : qu'elle ne l'emporte pas (ya'oz). Les nations sont jugées al paneikha, « devant Ta face », en écho au v.4.
21
שִׁיתָה יְהֹוָה מוֹרָה לָהֶם
יֵדְעוּ גוֹיִם אֱנוֹשׁ הֵמָּה סֶּלָה
שִׁיתָה
SHI-ta
mets
יְהֹוָה
a-do-NAY
ô Éternel
מוֹרָה
mo-RA
crainte / effroi (?)
לָהֶם
la-HEM
sur eux
Mets sur eux la crainte, ô Éternel (sens incertain) ;
יֵדְעוּ
ye-de-U
que sachent
גוֹיִם
go-YIM
les nations
אֱנוֹשׁ
e-NOSH
mortels
הֵמָּה
HEM-ma
ils sont
סֶּלָה
SE-la
Sélah (pause)
que les nations sachent qu'elles ne sont que mortelles. Sélah.
שִׁיתָה (shitah), « Mets / place ». Morah se lit soit « crainte / effroi » (de ירא), soit « un maître / un rasoir » ; les Massorètes l'ont, là encore, noté incertain. La leçon finale que les nations doivent connaître (yed'ou) : enosh hemmah, « ce ne sont que des mortels ». Le psaume s'achève, comme au v.17, sur סֶלָה (sélah), la pause tenue.

♦ Analyse PARDES: פרדס

Les quatre niveaux de lecture juive du texte sacré : פשט Peshat (sens littéral), רמז Remez (allusion symbolique), דרש Drash (interprétation midrashique), סוד Sod (sens mystique). Le mot פרדס signifie « verger », chaque niveau est un fruit.

פשט · Peshat: sens littéral

Une action de grâce pour la victoire et une supplique pour la justice à venir. V.1 : la suscription, al mouth labben, dont le sens échappe déjà aux Massorètes (« sur la mort du fils » ?). V.2-3 : « Je Te louerai, Éternel, de tout mon cœur… je raconterai toutes Tes merveilles. » V.4-7 : les ennemis reculent, trébuchent et périssent ; l'Éternel a effacé leur nom à jamais ; les villes sont renversées, leur souvenir perdu. V.8-9 : mais l'Éternel demeure à jamais, Son trône dressé pour le jugement ; Il juge le monde avec justice. V.10-11 : Il est une citadelle pour l'opprimé ; ceux qui connaissent Son nom se confient en Lui. V.12-21 : un appel à chanter, le souvenir du sang des affligés (v.13), une prière depuis les portes de la mort (v.14), les nations enfoncées dans leur propre fosse (v.16), et la supplique finale que le pauvre ne soit pas oublié à jamais (v.19).

רמז · Remez: allusion

Le mot-clé est מִשְׂגָּב (misgav, v.10), répété deux fois dans un seul verset : un lieu élevé, une forteresse de roc hors d'atteinte, de la racine שׂגב, « être haut, inaccessible ». Dieu n'est pas un mur autour de l'opprimé mais une hauteur dans laquelle il est hissé. Remarque le verbe en miroir au v.16 : les nations s'enfoncent (טָבְעוּ) dans la fosse qu'elles ont faite (עָשׂוּ), prises au filet qu'elles ont caché (טָמָנוּ) ; trois verbes de leur propre ouvrage retournés contre elles. Et au v.13, dorésh damim : Celui qui « réclame » / « recherche » le sang n'oublie pas le cri des anavim (les affligés) ; la même racine דרשׁ revient au v.11 pour ceux qui Le cherchent (dorshécha) : Dieu recherche le sang, et Il est recherché par les fidèles.

דרש · Drash: interprétation

Ce psaume est un alphabet inachevé. Les lettres א à כ courent à travers les Psaumes 9 et 10 (le ט tombe ici au v.16, tavou), mais la suite bégaie et se brise. Les Sages lisent cette brisure comme voulue : la louange ne peut être une forme close et parfaite tant que les méchants prospèrent encore et que « le pauvre est oublié » (v.19). L'acrostiche est un vase fendu exprès, pour que le cri du Psaume 10 puisse s'y déverser. Le trône konén lammishpat (v.8, « affermi pour le jugement ») répond aux trônes renversés des nations (v.7) : un siège tombe, un siège tient à jamais.

סוד · Sod: sens mystique

Deux trônes se font face à travers ce psaume. Les trônes des nations sont renversés (v.7), leur nom même effacé (v.6, machita) : effacement du Livre. Contre eux, le trône de l'Éternel est konén (v.8), fermement dressé, comme le monde affermi à la création. מִשְׂגָּב (misgav) nomme la dimension de l'ascension : l'opprimé dakh (le broyé, l'amenuisé, v.10) est élevé des sha'arei mavèt, les portes de la mort (v.14), aux sha'arei bat-Tsion, les portes de la fille de Sion (v.15) ; un trajet de la porte la plus basse à la plus haute. Et הִגָּיוֹן סֶלָה (higgayon sélah, v.17) marque le lieu où les mots doivent cesser : higgayon, un murmure bas ou un son de corde, puis sélah, le silence tenu. Le jugement se connaît non par la parole mais par la pause qui la suit.