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Tehilim 8: Que ton nom est magnifique

תְּהִלִּים ח · יְהֹוָה אֲדֹנֵינוּ
Hymne de la création construit en inclusio : la même phrase ouvre et ferme le psaume (v.2 et v.10), que ton nom est magnifique sur toute la terre. Entre les deux, une seule question vertigineuse, quand je regarde les cieux, qu'est-ce que l'homme fragile pour que tu te soucies de lui (v.5), à laquelle répond un couronnement : l'homme placé un peu moindre que le divin, à qui est donnée la domination sur les œuvres de la création. Récité à la néoménie et aux fêtes du renouveau.
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1
לַמְנַצֵּחַ עַל הַגִּתִּית מִזְמוֹר לְדָוִד
לַמְנַצֵּחַ
lam-na-TZE-ach
au chef de chœur
עַל
AL
sur
הַגִּתִּית
ha-gi-TIT
la guittith (incertain)
מִזְמוֹר
miz-MOR
psaume
לְדָוִד
le-da-VID
de David
Au chef de chœur, sur la guittith. Psaume de David.
Suscription, pas la prière elle-même. La-menatze'ach = « au chef de chœur » ; הַגִּתִּית (ha-guittith) est de sens incertain (un air « de Gath », ou un instrument du pressoir, de gat). Le voile sur le tout premier mot donne le ton d'un chant qui dépasse ce qui peut se nommer.
2
יְהֹוָה אֲדֹנֵינוּ מָה אַדִּיר שִׁמְךָ בְּכׇל הָאָרֶץ
אֲשֶׁר תְּנָה הוֹדְךָ עַל הַשָּׁמָיִם
יְהֹוָה
a-do-NAY
l'Éternel
אֲדֹנֵינוּ
a-do-NE-nu
notre Seigneur
מָה
MA
que / combien
אַדִּיר
a-DIR
magnifique
שִׁמְךָ
shim-KHA
est ton nom
בְּכׇל
be-KHOL
sur toute
הָאָרֶץ
ha-A-retz
la terre
Ô Éternel notre Seigneur, que ton nom est magnifique sur toute la terre,
אֲשֶׁר
a-SHER
toi qui
תְּנָה
te-NA
as posé
הוֹדְךָ
hod-KHA
ta splendeur
עַל
AL
au-dessus de
הַשָּׁמָיִם
ha-sha-MA-yim
les cieux
toi qui as posé ta splendeur au-dessus des cieux !
La ligne-cadre qui reviendra à l'identique au v.10, une inclusio. Dieu est nommé deux fois (YHWH, puis adonenu, « notre Seigneur »). La merveille : son nom remplit toute la terre en bas tandis que son hod (splendeur) est posé au-dessus des cieux, l'axe vertical que tout le psaume va parcourir.
3
מִפִּי עוֹלְלִים וְיֹנְקִים יִסַּדְתָּ עֹז לְמַעַן צוֹרְרֶיךָ
לְהַשְׁבִּית אוֹיֵב וּמִתְנַקֵּם
מִפִּי
mi-PI
de la bouche de
עוֹלְלִים
o-le-LIM
nourrissons
וְיֹנְקִים
ve-yo-ne-KIM
et enfants à la mamelle
יִסַּדְתָּ
yi-SAD-ta
tu as fondé
עֹז
OZ
la force
לְמַעַן
le-MA-an
à cause de
צוֹרְרֶיךָ
tzo-re-RE-kha
tes adversaires
De la bouche des nourrissons et des enfants à la mamelle, tu as fondé la force, à cause de tes adversaires,
לְהַשְׁבִּית
le-hash-BIT
pour faire cesser
אוֹיֵב
o-YEV
l'ennemi
וּמִתְנַקֵּם
u-mit-na-KEM
et le vengeur
pour faire cesser l'ennemi et le vengeur.
Le paradoxe du faible-comme-force. Du babil des nourrissons et enfants à la mamelle, Dieu fonde le oz (force, forteresse). La parole humaine la moins formée suffit à faire taire le vengeur. Le Talmud lit ici le souffle des écoliers qui soutient le monde.
4
כִּי אֶרְאֶה שָׁמֶיךָ מַעֲשֵׂה אֶצְבְּעֹתֶיךָ
יָרֵחַ וְכוֹכָבִים אֲשֶׁר כּוֹנָנְתָּה
כִּי
KI
quand
אֶרְאֶה
er-E
je contemple
שָׁמֶיךָ
sha-ME-kha
tes cieux
מַעֲשֵׂה
ma-a-SE
l'œuvre de
אֶצְבְּעֹתֶיךָ
etz-be-o-TE-kha
tes doigts
Quand je contemple tes cieux, l'œuvre de tes doigts,
יָרֵחַ
ya-RE-ach
la lune
וְכוֹכָבִים
ve-kho-kha-VIM
et les étoiles
אֲשֶׁר
a-SHER
que
כּוֹנָנְתָּה
ko-NAN-ta
tu as fixées
la lune et les étoiles que tu as fixées,
Le regard vers le haut. Les cieux sont ma'aseh etzbe'otekha, « l'œuvre de tes doigts », non de tes mains : image d'un travail délicat, non d'un labeur. La lune et les étoiles ne sont pas jetées mais fixées (כּוֹנָנְתָּה, posées, établies). Ce v.4 est l'élan ; le v.5 est la question qu'il provoque.
5
מָה אֱנוֹשׁ כִּי תִזְכְּרֶנּוּ
וּבֶן אָדָם כִּי תִפְקְדֶנּוּ
מָה
MA
qu'est-ce qu'
אֱנוֹשׁ
e-NOSH
l'homme fragile
כִּי
KI
pour que
תִזְכְּרֶנּוּ
tiz-ke-RE-nu
tu te souviennes de lui
qu'est-ce que l'homme fragile pour que tu te souviennes de lui,
וּבֶן
u-VEN
et le fils de
אָדָם
a-DAM
l'homme (Adam)
כִּי
KI
pour que
תִפְקְדֶנּוּ
tif-ke-DE-nu
tu prennes soin de lui
et le fils de l'homme pour que tu prennes soin de lui ?
Le cœur du psaume. Enosh (v.5) est l'humain fragile, mortel (racine de anouch, « malade incurable »), non le robuste adam/ish. Face à l'immensité du v.4, c'est la petitesse qui fait sens. Deux verbes y répondent : tizkerenu (te souvenir) et tifkedenu (prendre soin de, t'occuper de) : l'attention de Dieu, non le mérite de l'homme.
6
וַתְּחַסְּרֵהוּ מְּעַט מֵאֱלֹהִים
וְכָבוֹד וְהָדָר תְּעַטְּרֵהוּ
וַתְּחַסְּרֵהוּ
va-te-chas-RE-hu
pourtant tu l'as fait manquer
מְּעַט
me-AT
d'un peu
מֵאֱלֹהִים
me-e-lo-HIM
que le divin
pourtant tu l'as fait un peu moindre que le divin,
וְכָבוֹד
ve-kha-VOD
et de gloire
וְהָדָר
ve-ha-DAR
et de majesté
תְּעַטְּרֵהוּ
te-at-RE-hu
tu le couronnes
et tu le couronnes de gloire et de majesté.
Le couronnement, et sa crux centrale. Me'at me-elohim = « un peu moindre que le divin » (la JPS note la lecture ancienne « les anges »). Le verbe va-techasrehou (« tu l'as fait manquer ») présente la grandeur de l'homme comme un retrait mesuré : tenu juste en deçà du plein. Puis te'atrehou, « tu le couronnes », de kavod (gloire) et hadar (majesté), termes royaux.
7
תַּמְשִׁילֵהוּ בְּמַעֲשֵׂי יָדֶיךָ
כֹּל שַׁתָּה תַחַת רַגְלָיו
תַּמְשִׁילֵהוּ
tam-shi-LE-hu
tu le fais régner
בְּמַעֲשֵׂי
be-ma-a-SEI
sur les œuvres de
יָדֶיךָ
ya-DE-kha
tes mains
tu le fais régner sur les œuvres de tes mains,
כֹּל
KOL
tout
שַׁתָּה
SHA-ta
tu as placé
תַחַת
TA-chat
sous
רַגְלָיו
rag-LAV
ses pieds
tu as placé tout sous ses pieds :
La domination donnée. Tamshilehou, « tu le fais régner », sur ma'asei yadekha, les œuvres de tes mains (en écho à l'« œuvre de tes doigts » du v.4). Kol shatah tachat raglav : tout placé sous ses pieds. La domination est totale en portée mais, par le cadre des v.2/v.10, jamais autonome : c'est un règne délégué.
8
צֹנֶה וַאֲלָפִים כֻּלָּם
וְגַם בַּהֲמוֹת שָׂדָי
צֹנֶה
tzo-NE
le petit bétail
וַאֲלָפִים
va-a-la-FIM
et les bœufs
כֻּלָּם
ku-LAM
tous
le petit bétail et les bœufs, tous,
וְגַם
ve-GAM
et même
בַּהֲמוֹת
ba-ha-MOT
les bêtes des
שָׂדָי
sa-DAI
champs
et même les bêtes des champs,
Le catalogue commence, du proche au lointain. D'abord le troupeau domestique que l'homme garde déjà : tzoneh (le petit bétail) et alafim (les bœufs), kullam (« tous »). Puis cela s'élargit, v'gam, « et même », à bahamot sadai, les bêtes sauvages des champs, au-delà de l'enclos.
9
צִפּוֹר שָׁמַיִם וּדְגֵי הַיָּם
עֹבֵר אׇרְחוֹת יַמִּים
צִפּוֹר
tzi-POR
l'oiseau des
שָׁמַיִם
sha-MA-yim
cieux
וּדְגֵי
u-de-GEI
et les poissons de
הַיָּם
ha-YAM
la mer
l'oiseau des cieux et les poissons de la mer,
עֹבֵר
o-VER
ce qui parcourt
אׇרְחוֹת
or-CHOT
les sentiers des
יַמִּים
ya-MIM
mers
ce qui parcourt les sentiers des mers.
Le catalogue achève l'arc vertical. Du tzippor shamayim (l'oiseau des cieux) tout en haut au degei ha-yam (poissons de la mer) tout en bas : le même axe cieux-profondeurs des v.4 et v.9, désormais sous la garde de l'homme. La dernière expression, les sentiers des mers, nomme même l'insondable comme tracé.
10
יְהֹוָה אֲדֹנֵינוּ מָה אַדִּיר שִׁמְךָ בְּכׇל הָאָרֶץ
יְהֹוָה
a-do-NAY
l'Éternel
אֲדֹנֵינוּ
a-do-NE-nu
notre Seigneur
מָה
MA
que / combien
אַדִּיר
a-DIR
magnifique
שִׁמְךָ
shim-KHA
est ton nom
בְּכׇל
be-KHOL
sur toute
הָאָרֶץ
ha-A-retz
la terre
Ô Éternel notre Seigneur, que ton nom est magnifique sur toute la terre !
L'inclusio se referme. Mot pour mot l'ouverture du v.2 revient, mais sans son second stique (plus de « au-dessus des cieux »). Après la descente à travers toute la création, l'œil revient se poser sur le Nom seul. La répétition n'est pas redondance : c'est la même ligne, désormais emplie de tout ce qui a été vu entre les deux.

♦ Analyse PARDES: פרדס

Les quatre niveaux de lecture juive du texte sacré : פשט Peshat (sens littéral), רמז Remez (allusion symbolique), דרש Drash (interprétation midrashique), סוד Sod (sens mystique). Le mot פרדס signifie « verger », chaque niveau est un fruit.

פשט · Peshat: sens littéral

V.1 : une suscription, au chef de chœur, sur la guittith, psaume de David, une indication d'exécution, pas la prière elle-même. V.2 : le corps s'ouvre en s'adressant deux fois à Dieu, YHWH notre Seigneur, et s'émerveille que son nom remplisse toute la terre tandis que sa splendeur est posée au-dessus des cieux. V.3 : même le babil des nourrissons fonde une forteresse contre ses ennemis. V.4-5 : levant les yeux vers la lune et les étoiles, le poète pose la grande question, qu'est-ce que l'homme pour que tu te souviennes de lui ? V.6-9 : la réponse, Dieu a fait l'homme un peu moindre que le divin, couronné de gloire, maître des troupeaux, des bêtes, des oiseaux et des poissons. V.10 : la phrase d'ouverture revient, mot pour mot, scellant l'ensemble.

רמז · Remez: allusion

הַגִּתִּית (ha-guittith, v.1) est une énigme que la JPS elle-même signale comme incertaine : peut-être un air « de Gath », peut-être un instrument du pressoir (de gat, le pressoir à vin). Le voile posé sur le tout premier mot avertit le lecteur : ce chant ira au-delà de ce qui peut se nommer. אֱנוֹשׁ (enosh, v.5) n'est pas le robuste adam ni ish mais l'humain fragile, mortel, même racine que anouch, « malade incurable » : le mot le plus fragile pour l'homme, dressé face à l'immensité des shamayim, les cieux (v.4). La grandeur de la question vit dans cet écart.

דרש · Drash: interprétation

מְּעַט מֵאֱלֹהִים (me'at me-elohim, v.6) = « un peu moindre que le divin ». La JPS elle-même note la lecture ancienne « les anges » : les sages lisent la dignité de l'homme comme placée juste un degré sous l'armée céleste, non sous les bêtes. Le verbe וַתְּחַסְּרֵהוּ (va-techasrehou, v.6), « tu l'as fait manquer », présente cette proximité comme un retrait délibéré et mesuré : l'homme est grand précisément parce qu'il est tenu en deçà du plein, une créature sur le seuil. L'inclusio (v.2 = v.10) enseigne que toute domination humaine (v.6-9) est encadrée par, et redevable à, l'unique Nom magnifique : le pouvoir est prêté, jamais possédé.

סוד · Sod: sens mystique

Le psaume est une échelle verticale. V.3, la bouche des nourrissons fonde le oz (la force) : la parole la plus pure, la moins formée, soutient la création, comme le Zohar lit le souffle des écoliers qui maintient le monde. L'arc descend des cieux (v.4) jusqu'aux poissons dans les profondeurs de la mer (v.9), et l'homme se tient à la charnière : me'at me-elohim (v.6), point de rencontre des mondes d'en haut et d'en bas, l'être par qui le Nom divin devient magnifique sur toute la terre. L'inclusio de clôture (v.10) n'est pas une répétition mais un retour sur un tour plus haut de la spirale : les mêmes mots, désormais emplis de tout ce qui a été vu entre eux. Dire ce psaume, c'est monter du babil d'un enfant jusqu'à la couronne de kavod et redescendre, et retrouver le Nom inchangé aux deux extrémités.