1
לַמְנַצֵּחַ עַל הַגִּתִּית מִזְמוֹר לְדָוִד
לַמְנַצֵּחַ
lam-na-TZE-ach
au chef de chœur
הַגִּתִּית
ha-gi-TIT
la guittith (incertain)
Au chef de chœur, sur la guittith. Psaume de David.
Suscription, pas la prière elle-même. La-menatze'ach = « au chef de chœur » ; הַגִּתִּית (ha-guittith) est de sens incertain (un air « de Gath », ou un instrument du pressoir, de gat). Le voile sur le tout premier mot donne le ton d'un chant qui dépasse ce qui peut se nommer.
2
יְהֹוָה אֲדֹנֵינוּ מָה אַדִּיר שִׁמְךָ בְּכׇל הָאָרֶץ
אֲשֶׁר תְּנָה הוֹדְךָ עַל הַשָּׁמָיִם
אֲדֹנֵינוּ
a-do-NE-nu
notre Seigneur
שִׁמְךָ
shim-KHA
est ton nom
Ô Éternel notre Seigneur, que ton nom est magnifique sur toute la terre,
הוֹדְךָ
hod-KHA
ta splendeur
הַשָּׁמָיִם
ha-sha-MA-yim
les cieux
toi qui as posé ta splendeur au-dessus des cieux !
La ligne-cadre qui reviendra à l'identique au v.10, une inclusio. Dieu est nommé deux fois (YHWH, puis adonenu, « notre Seigneur »). La merveille : son nom remplit toute la terre en bas tandis que son hod (splendeur) est posé au-dessus des cieux, l'axe vertical que tout le psaume va parcourir.
3
מִפִּי עוֹלְלִים וְיֹנְקִים יִסַּדְתָּ עֹז לְמַעַן צוֹרְרֶיךָ
לְהַשְׁבִּית אוֹיֵב וּמִתְנַקֵּם
מִפִּי
mi-PI
de la bouche de
עוֹלְלִים
o-le-LIM
nourrissons
וְיֹנְקִים
ve-yo-ne-KIM
et enfants à la mamelle
יִסַּדְתָּ
yi-SAD-ta
tu as fondé
לְמַעַן
le-MA-an
à cause de
צוֹרְרֶיךָ
tzo-re-RE-kha
tes adversaires
De la bouche des nourrissons et des enfants à la mamelle, tu as fondé la force, à cause de tes adversaires,
לְהַשְׁבִּית
le-hash-BIT
pour faire cesser
וּמִתְנַקֵּם
u-mit-na-KEM
et le vengeur
pour faire cesser l'ennemi et le vengeur.
Le paradoxe du faible-comme-force. Du babil des nourrissons et enfants à la mamelle, Dieu fonde le oz (force, forteresse). La parole humaine la moins formée suffit à faire taire le vengeur. Le Talmud lit ici le souffle des écoliers qui soutient le monde.
4
כִּי אֶרְאֶה שָׁמֶיךָ מַעֲשֵׂה אֶצְבְּעֹתֶיךָ
יָרֵחַ וְכוֹכָבִים אֲשֶׁר כּוֹנָנְתָּה
שָׁמֶיךָ
sha-ME-kha
tes cieux
מַעֲשֵׂה
ma-a-SE
l'œuvre de
אֶצְבְּעֹתֶיךָ
etz-be-o-TE-kha
tes doigts
Quand je contemple tes cieux, l'œuvre de tes doigts,
וְכוֹכָבִים
ve-kho-kha-VIM
et les étoiles
כּוֹנָנְתָּה
ko-NAN-ta
tu as fixées
la lune et les étoiles que tu as fixées,
Le regard vers le haut. Les cieux sont ma'aseh etzbe'otekha, « l'œuvre de tes doigts », non de tes mains : image d'un travail délicat, non d'un labeur. La lune et les étoiles ne sont pas jetées mais fixées (כּוֹנָנְתָּה, posées, établies). Ce v.4 est l'élan ; le v.5 est la question qu'il provoque.
5
מָה אֱנוֹשׁ כִּי תִזְכְּרֶנּוּ
וּבֶן אָדָם כִּי תִפְקְדֶנּוּ
אֱנוֹשׁ
e-NOSH
l'homme fragile
תִזְכְּרֶנּוּ
tiz-ke-RE-nu
tu te souviennes de lui
qu'est-ce que l'homme fragile pour que tu te souviennes de lui,
תִפְקְדֶנּוּ
tif-ke-DE-nu
tu prennes soin de lui
et le fils de l'homme pour que tu prennes soin de lui ?
Le cœur du psaume. Enosh (v.5) est l'humain fragile, mortel (racine de anouch, « malade incurable »), non le robuste adam/ish. Face à l'immensité du v.4, c'est la petitesse qui fait sens. Deux verbes y répondent : tizkerenu (te souvenir) et tifkedenu (prendre soin de, t'occuper de) : l'attention de Dieu, non le mérite de l'homme.
6
וַתְּחַסְּרֵהוּ מְּעַט מֵאֱלֹהִים
וְכָבוֹד וְהָדָר תְּעַטְּרֵהוּ
וַתְּחַסְּרֵהוּ
va-te-chas-RE-hu
pourtant tu l'as fait manquer
מֵאֱלֹהִים
me-e-lo-HIM
que le divin
pourtant tu l'as fait un peu moindre que le divin,
וְכָבוֹד
ve-kha-VOD
et de gloire
וְהָדָר
ve-ha-DAR
et de majesté
תְּעַטְּרֵהוּ
te-at-RE-hu
tu le couronnes
et tu le couronnes de gloire et de majesté.
Le couronnement, et sa crux centrale. Me'at me-elohim = « un peu moindre que le divin » (la JPS note la lecture ancienne « les anges »). Le verbe va-techasrehou (« tu l'as fait manquer ») présente la grandeur de l'homme comme un retrait mesuré : tenu juste en deçà du plein. Puis te'atrehou, « tu le couronnes », de kavod (gloire) et hadar (majesté), termes royaux.
7
תַּמְשִׁילֵהוּ בְּמַעֲשֵׂי יָדֶיךָ
כֹּל שַׁתָּה תַחַת רַגְלָיו
תַּמְשִׁילֵהוּ
tam-shi-LE-hu
tu le fais régner
בְּמַעֲשֵׂי
be-ma-a-SEI
sur les œuvres de
יָדֶיךָ
ya-DE-kha
tes mains
tu le fais régner sur les œuvres de tes mains,
tu as placé tout sous ses pieds :
La domination donnée. Tamshilehou, « tu le fais régner », sur ma'asei yadekha, les œuvres de tes mains (en écho à l'« œuvre de tes doigts » du v.4). Kol shatah tachat raglav : tout placé sous ses pieds. La domination est totale en portée mais, par le cadre des v.2/v.10, jamais autonome : c'est un règne délégué.
8
צֹנֶה וַאֲלָפִים כֻּלָּם
וְגַם בַּהֲמוֹת שָׂדָי
צֹנֶה
tzo-NE
le petit bétail
וַאֲלָפִים
va-a-la-FIM
et les bœufs
le petit bétail et les bœufs, tous,
בַּהֲמוֹת
ba-ha-MOT
les bêtes des
et même les bêtes des champs,
Le catalogue commence, du proche au lointain. D'abord le troupeau domestique que l'homme garde déjà : tzoneh (le petit bétail) et alafim (les bœufs), kullam (« tous »). Puis cela s'élargit, v'gam, « et même », à bahamot sadai, les bêtes sauvages des champs, au-delà de l'enclos.
9
צִפּוֹר שָׁמַיִם וּדְגֵי הַיָּם
עֹבֵר אׇרְחוֹת יַמִּים
צִפּוֹר
tzi-POR
l'oiseau des
וּדְגֵי
u-de-GEI
et les poissons de
l'oiseau des cieux et les poissons de la mer,
עֹבֵר
o-VER
ce qui parcourt
אׇרְחוֹת
or-CHOT
les sentiers des
ce qui parcourt les sentiers des mers.
Le catalogue achève l'arc vertical. Du tzippor shamayim (l'oiseau des cieux) tout en haut au degei ha-yam (poissons de la mer) tout en bas : le même axe cieux-profondeurs des v.4 et v.9, désormais sous la garde de l'homme. La dernière expression, les sentiers des mers, nomme même l'insondable comme tracé.
10
יְהֹוָה אֲדֹנֵינוּ מָה אַדִּיר שִׁמְךָ בְּכׇל הָאָרֶץ
אֲדֹנֵינוּ
a-do-NE-nu
notre Seigneur
שִׁמְךָ
shim-KHA
est ton nom
Ô Éternel notre Seigneur, que ton nom est magnifique sur toute la terre !
L'inclusio se referme. Mot pour mot l'ouverture du v.2 revient, mais sans son second stique (plus de « au-dessus des cieux »). Après la descente à travers toute la création, l'œil revient se poser sur le Nom seul. La répétition n'est pas redondance : c'est la même ligne, désormais emplie de tout ce qui a été vu entre les deux.