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Tehilim 7: Éternel mon Dieu, en toi je m'abrite

תְּהִלִּים ז · שִׁגָּיוֹן לְדָוִד
Un Shiggaion de David, chanté à l'Éternel au sujet des paroles de Cush le Benjaminite. Le mot shiggaion évoque un chant sauvage, erratique, emporté, le cri d'un homme faussement accusé. David ne demande pas la pitié mais le jugement : « juge-moi selon ma justice » (v.9). Le psaume bascule sur une seule image, celle de la justice qui revient comme un boomerang (v.15-17) : celui qui creuse une fosse y tombe, et son mal retombe sur sa propre tête. Récité contre la calomnie et la fausse accusation.
♫ Suggestion guitare
| Am Am | Dm Em | Am Dm | Em Am |
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1
שִׁגָּיוֹן לְדָוִד אֲשֶׁר שָׁר לַיהוָה
עַל דִּבְרֵי כוּשׁ בֶּן יְמִינִי
שִׁגָּיוֹן
shi-ga-YON
Shiggaion (chant erratique)
לְדָוִד
le-da-VID
de David
אֲשֶׁר
a-SHER
qu'
שָׁר
SHAR
il chanta
לַיהוָה
la-do-NAY
à l'Éternel
Shiggaion de David, qu'il chanta à l'Éternel
עַל
AL
au sujet de
דִּבְרֵי
div-REI
les paroles de
כוּשׁ
KUSH
Cush
בֶּן
BEN
fils de
יְמִינִי
ye-mi-NI
le Benjaminite
au sujet des paroles de Cush, le Benjaminite.
Suscription. Un shiggaion (de la racine shagah, tituber ou errer) est un chant sauvage et emporté. « Les paroles de Cush le Benjaminite » désignent une calomnie à laquelle David répond par le chant plutôt que de même.
2
יְהוָה אֱלֹהַי בְּךָ חָסִיתִי
הוֹשִׁיעֵנִי מִכָּל רֹדְפַי וְהַצִּילֵנִי
יְהוָה
a-do-NAY
Éternel
אֱלֹהַי
e-lo-HAI
mon Dieu
בְּךָ
be-KHA
en toi
חָסִיתִי
cha-SI-ti
je m'abrite
Éternel mon Dieu, en toi je m'abrite
הוֹשִׁיעֵנִי
ho-shi-E-ni
sauve-moi
מִכָּל
mi-KOL
de tous
רֹדְפַי
ro-de-FAI
mes poursuivants
וְהַצִּילֵנִי
ve-ha-tzi-LE-ni
et délivre-moi
sauve-moi de tous mes poursuivants et délivre-moi,
חָסִיתִי (chasiti), « je me suis abrité ». La racine chasah signifie fuir vers un abri, se cacher sous des ailes. Tout le psaume repose sur ce verbe d'ouverture : avant de demander le jugement, David déclare où il se tient.
3
פֶּן יִטְרֹף כְּאַרְיֵה נַפְשִׁי
פֹּרֵק וְאֵין מַצִּיל
פֶּן
PEN
de peur que
יִטְרֹף
yit-ROF
il déchire
כְּאַרְיֵה
ke-ar-YEH
comme un lion
נַפְשִׁי
naf-SHI
mon âme
de peur qu'il ne déchire mon âme comme un lion,
פֹּרֵק
po-REK
mettant en pièces
וְאֵין
ve-EIN
et il n'y a personne
מַצִּיל
ma-TZIL
pour délivrer
mettant en pièces, et personne pour délivrer.
L'image du lion. Yitrof (déchirer) et porek (mettre en pièces) sont les verbes d'un prédateur qui tue. « Et personne ne délivre » (ve-ein matzil) nomme la terreur avec précision : pas le lion, mais l'absence de tout sauveur.
4
יְהוָה אֱלֹהַי אִם עָשִׂיתִי זֹאת
אִם יֶשׁ עָוֶל בְּכַפָּי
יְהוָה
a-do-NAY
Éternel
אֱלֹהַי
e-lo-HAI
mon Dieu
אִם
IM
si
עָשִׂיתִי
a-SI-ti
j'ai fait
זֹאת
ZOT
cela
Éternel mon Dieu, si j'ai fait cela,
אִם
IM
s'
יֶשׁ
YESH
il y a
עָוֶל
A-vel
du tort
בְּכַפָּי
be-cha-PAI
dans mes mains
s'il y a du tort dans mes mains,
Le serment d'innocence commence. Le conditionnel im (« si ») ouvre une auto-imprécation : David engage sa cause sur la vérité. Avel be-khapai, « du tort dans mes paumes », situe la faute dans les mains, organes de l'acte.
5
אִם גָּמַלְתִּי שׁוֹלְמִי רָע
וָאֲחַלְּצָה צוֹרְרִי רֵיקָם
אִם
IM
si
גָּמַלְתִּי
ga-MAL-ti
j'ai rendu
שׁוֹלְמִי
shol-MI
à mon allié
רָע
RA
le mal
si j'ai rendu le mal à mon allié,
וָאֲחַלְּצָה
va-a-chal-le-TZA
moi qui ai délivré
צוֹרְרִי
tzor-RI
mon adversaire
רֵיקָם
rei-KAM
sans récompense
moi qui ai délivré mon adversaire sans récompense,
Le serment continue. Gamalti sholmi ra, « si j'ai rendu le mal à mon allié (celui en paix avec moi) ». La seconde ligne est célèbre pour son obscurité : David jure que, loin de nuire à son adversaire, il l'a secouru les mains vides, sans récompense.
6
יִרַדֹּף אוֹיֵב נַפְשִׁי וְיַשֵּׂג
וְיִרְמֹס לָאָרֶץ חַיָּי
וּכְבוֹדִי לֶעָפָר יַשְׁכֵּן סֶלָה
יִרַדֹּף
yi-ra-DOF
que poursuive
אוֹיֵב
o-YEV
l'ennemi
נַפְשִׁי
naf-SHI
mon âme
וְיַשֵּׂג
ve-ya-SEG
et qu'il rattrape
alors que l'ennemi poursuive mon âme et la rattrape,
וְיִרְמֹס
ve-yir-MOS
et qu'il foule
לָאָרֶץ
la-A-retz
à terre
חַיָּי
cha-YAI
ma vie
et qu'il foule ma vie à terre,
וּכְבוֹדִי
u-khvo-DI
et ma gloire
לֶעָפָר
le-a-FAR
dans la poussière
יַשְׁכֵּן
yash-KEN
qu'il couche
סֶלָה
SE-la
Sélah
et qu'il couche ma gloire dans la poussière. Sélah.
L'auto-malédiction achève le serment. Alors, que l'ennemi me rattrape, foule ma vie, couche ma gloire dans la poussière. En engageant sa vie sur son innocence, David rend la supplication irréfutable s'il ment. Sélah marque la pause.
7
קוּמָה יְהוָה בְּאַפֶּךָ
הִנָּשֵׂא בְּעַבְרוֹת צוֹרְרָי
וְעוּרָה אֵלַי מִשְׁפָּט צִוִּיתָ
קוּמָה
KU-ma
lève-toi
יְהוָה
a-do-NAY
Éternel
בְּאַפֶּךָ
be-a-PE-kha
dans ta colère
Lève-toi, Éternel, dans ta colère,
הִנָּשֵׂא
hi-na-SE
dresse-toi
בְּעַבְרוֹת
be-av-ROT
contre les fureurs de
צוֹרְרָי
tzo-re-RAI
mes adversaires
dresse-toi contre les fureurs de mes adversaires,
וְעוּרָה
ve-U-ra
et réveille-toi
אֵלַי
e-LAI
pour moi
מִשְׁפָּט
mish-PAT
le jugement
צִוִּיתָ
tzi-VI-ta
tu as ordonné
et réveille-toi pour moi ; tu as ordonné le jugement.
Le tournant vers le Juge. Trois impératifs s'empilent : koumah (lève-toi), hinnasé (dresse-toi), ourah (réveille-toi). David éveille Dieu à l'action. « Tu as ordonné le jugement » (mishpat tzivita) rappelle à Dieu son propre décret.
8
וַעֲדַת לְאֻמִּים תְּסוֹבְבֶךָּ
וְעָלֶיהָ לַמָּרוֹם שׁוּבָה
וַעֲדַת
va-a-DAT
et l'assemblée des
לְאֻמִּים
le-u-MIM
peuples
תְּסוֹבְבֶךָּ
te-so-ve-VE-ka
t'entourera
Que l'assemblée des peuples t'entoure,
וְעָלֶיהָ
ve-a-LE-ha
et au-dessus d'elle
לַמָּרוֹם
la-ma-ROM
vers la hauteur
שׁוּבָה
SHU-va
reviens
et au-dessus d'elle reviens vers la hauteur.
Le tribunal cosmique. Les peuples se rassemblent autour de Dieu comme autour d'un tribunal. La-marom shuvah, « reviens en haut », figure Dieu montant au siège du jugement au-dessus des nations assemblées, présidant sur toutes.
9
יְהוָה יָדִין עַמִּים
שָׁפְטֵנִי יְהוָה כְּצִדְקִי וּכְתֻמִּי עָלָי
יְהוָה
a-do-NAY
l'Éternel
יָדִין
ya-DIN
juge
עַמִּים
a-MIM
les peuples
L'Éternel juge les peuples ;
שָׁפְטֵנִי
shof-TE-ni
juge-moi
יְהוָה
a-do-NAY
Éternel
כְּצִדְקִי
ke-tzid-KI
selon ma justice
וּכְתֻמִּי
u-khtu-MI
et selon mon intégrité
עָלָי
a-LAI
qui est en moi
juge-moi, Éternel, selon ma justice et selon l'intégrité qui est en moi.
La ligne la plus audacieuse du psaume. La plupart des prières implorent la pitié ; David demande à être jugé ke-tzidki, « selon ma justice ». Seul un homme certain de son innocence en cette affaire ose demander à Dieu de le peser exactement.
10
יִגְמָר נָא רַע רְשָׁעִים וּתְכוֹנֵן צַדִּיק
וּבֹחֵן לִבּוֹת וּכְלָיוֹת אֱלֹהִים צַדִּיק
יִגְמָר
yig-MAR
que prenne fin
נָא
NA
donc
רַע
RA
le mal des
רְשָׁעִים
re-sha-IM
méchants
וּתְכוֹנֵן
u-tekho-NEN
et affermis
צַדִּיק
tza-DIK
le juste
Que le mal des méchants prenne fin, mais affermis le juste ;
וּבֹחֵן
u-vo-CHEN
car celui qui sonde
לִבּוֹת
li-BOT
les cœurs
וּכְלָיוֹת
u-khla-YOT
et les reins (la conscience)
אֱלֹהִים
e-lo-HIM
est Dieu
צַדִּיק
tza-DIK
le Juste
car celui qui sonde les cœurs et les reins est Dieu le Juste.
בֹּחֵן לִבּוֹת וּכְלָיוֹת, Dieu « éprouve les cœurs et les reins ». Le cœur est le siège de la pensée, les reins (kelayot) celui des pulsions les plus profondes et de la conscience. Bochen est le verbe de l'affinage du métal : Dieu ne juge pas l'acte seul, il pèse le motif caché.
11
מָגִנִּי עַל אֱלֹהִים
מוֹשִׁיעַ יִשְׁרֵי לֵב
מָגִנִּי
ma-gi-NI
mon bouclier
עַל
AL
[est] sur
אֱלֹהִים
e-lo-HIM
Dieu
Mon bouclier repose sur Dieu,
מוֹשִׁיעַ
mo-SHI-a
qui sauve
יִשְׁרֵי
yish-REI
les droits de
לֵב
LEV
cœur
qui sauve les cœurs droits.
מָגִנִּי (magini) = « mon bouclier ». La défense de David repose al Elohim, sur Dieu. Le bouclier n'est pas sa propre force mais Dieu lui-même, qui « sauve les cœurs droits » (yishrei lev), ceux dont la visée intérieure est droite.
12
אֱלֹהִים שׁוֹפֵט צַדִּיק
וְאֵל זֹעֵם בְּכָל יוֹם
אֱלֹהִים
e-lo-HIM
Dieu
שׁוֹפֵט
sho-FET
est un juge
צַדִּיק
tza-DIK
juste
Dieu est un juge juste,
וְאֵל
ve-EL
et un Dieu
זֹעֵם
zo-EM
qui s'indigne
בְּכָל
be-KHOL
chaque
יוֹם
YOM
jour
et un Dieu qui s'indigne chaque jour.
אֱלֹהִים שׁוֹפֵט צַדִּיק, « Dieu est un juge juste ». La formule est le cœur théologique du psaume. Zo'em be-khol yom, « indigné chaque jour », la justice de Dieu n'est pas un verdict lointain et unique mais une réalité quotidienne, présente.
13
אִם לֹא יָשׁוּב חַרְבּוֹ יִלְטוֹשׁ
קַשְׁתּוֹ דָרַךְ וַיְכוֹנְנֶהָ
אִם
IM
si
לֹא
LO
ne…pas
יָשׁוּב
ya-SHUV
il revient
חַרְבּוֹ
char-BO
son épée
יִלְטוֹשׁ
yil-TOSH
il aiguise
S'il ne revient pas, il aiguise son épée,
קַשְׁתּוֹ
kash-TO
son arc
דָרַךְ
da-RAKH
il tend
וַיְכוֹנְנֶהָ
vay-kho-ne-NE-ha
et le dirige
il tend son arc et le dirige.
Le méchant s'arme. Im lo yashuv, « s'il ne revient pas » (ne se repent pas), il aiguise une épée et tend un arc. Darakh keshet, « foule l'arc », est l'idiome littéral : les arcs anciens se tendaient en posant le pied dessus. Les armes se préparent ; le verset suivant les retourne.
14
וְלוֹ הֵכִין כְּלֵי מָוֶת
חִצָּיו לְדֹלְקִים יִפְעָל
וְלוֹ
ve-LO
et pour lui-même
הֵכִין
he-KHIN
il a préparé
כְּלֵי
ke-LEI
des armes de
מָוֶת
MA-vet
mort
Pourtant pour lui-même il a préparé des armes mortelles,
חִצָּיו
chi-TZAV
ses flèches
לְדֹלְקִים
le-dol-KIM
pour les poursuivants
יִפְעָל
yif-AL
il les fait
ses flèches, il en fait des traits enflammés.
Le pivot du retour. Ve-lo hekhin, « et pour lui-même il prépare des armes mortelles ». Le petit mot lo (« pour lui ») est la charnière : les instruments de mort que le méchant prépare visent, en fin de compte, lui-même. Ses flèches, il les fait pour ses propres poursuivants.
15
הִנֵּה יְחַבֶּל אָוֶן
וְהָרָה עָמָל וְיָלַד שָׁקֶר
הִנֵּה
hi-NEH
voici
יְחַבֶּל
ye-cha-BEL
il conçoit
אָוֶן
A-ven
l'iniquité
Voici, il conçoit l'iniquité,
וְהָרָה
ve-ha-RA
et est enceint de
עָמָל
a-MAL
la peine
וְיָלַד
ve-ya-LAD
et enfante
שָׁקֶר
SHA-ker
le mensonge
il est enceint de la peine, et enfante le mensonge.
Trois verbes d'enfantement. Le méchant conçoit le mal, est enceint (וְהָרָה) de la peine, et met au monde (וְיָלַד) le mensonge. Le mal gestation comme une grossesse, mais ce qu'il accouche, c'est sheker, le mensonge, qui n'a pas de vie propre.
16
בּוֹר כָּרָה וַיַּחְפְּרֵהוּ
וַיִּפֹּל בְּשַׁחַת יִפְעָל
בּוֹר
BOR
une fosse
כָּרָה
ka-RA
il a creusé
וַיַּחְפְּרֵהוּ
va-yach-pe-RE-hu
et l'a approfondie
Il a creusé une fosse et l'a approfondie,
וַיִּפֹּל
va-yi-POL
et il tombe
בְּשַׁחַת
be-SHA-chat
dans le piège
יִפְעָל
yif-AL
qu'il a fait
et il tombe dans le piège qu'il a fait.
בּוֹר כָּרָה, « il a creusé une fosse ». L'image signature du psaume. Il creuse et approfondit (vaya'cherehu) un piège pour un autre, puis tombe dans la fosse même qu'il a faite (be-shachat yif'al). La justice ici n'est pas imposée du dehors ; c'est le recul naturel de l'acte lui-même.
17
יָשׁוּב עֲמָלוֹ בְרֹאשׁוֹ
וְעַל קָדְקֳדוֹ חֲמָסוֹ יֵרֵד
יָשׁוּב
ya-SHUV
retourne
עֲמָלוֹ
a-ma-LO
son mal
בְרֹאשׁוֹ
ve-ro-SHO
sur sa propre tête
Son mal retourne sur sa propre tête,
וְעַל
ve-AL
et sur
קָדְקֳדוֹ
kod-ko-DO
son crâne
חֲמָסוֹ
cha-ma-SO
sa violence
יֵרֵד
ye-RED
descend
et sa violence descend sur son propre crâne.
Le boomerang s'achève. Yashuv amalo be-rosho, « son mal retourne sur sa propre tête ». Le verbe yashuv (« retourne ») fait écho à im lo yashuv du v.13 : le méchant qui ne voulait pas revenir découvre que son mal revient sur lui. Sa violence descend sur son propre kodkod, le sommet de son crâne.
18
אוֹדֶה יְהוָה כְּצִדְקוֹ
וַאֲזַמְּרָה שֵׁם יְהוָה עֶלְיוֹן
אוֹדֶה
o-DEH
je rendrai grâce à
יְהוָה
a-do-NAY
l'Éternel
כְּצִדְקוֹ
ke-tzid-KO
pour sa justice
Je rendrai grâce à l'Éternel pour sa justice,
וַאֲזַמְּרָה
va-a-zam-me-RA
et je chanterai
שֵׁם
SHEM
le nom de
יְהוָה
a-do-NAY
l'Éternel
עֶלְיוֹן
el-YON
le Très-Haut
et je chanterai le nom de l'Éternel, le Très-Haut.
Le chant sauvage se résout en louange. Odeh (« je rendrai grâce ») et azamerah (« je chanterai ») referment le shiggaion. David loue Dieu ke-tzidko, « pour sa justice », répondant à sa propre supplication « juge-moi ke-tzidki » (v.9). Le chant erratique se redresse en hymne à Elyon, le Très-Haut.

♦ Analyse PARDES: פרדס

Les quatre niveaux de lecture juive du texte sacré : פשט Peshat (sens littéral), רמז Remez (allusion symbolique), דרש Drash (interprétation midrashique), סוד Sod (sens mystique). Le mot פרדס signifie « verger », chaque niveau est un fruit.

פשט · Peshat: sens littéral

Un psaume de fausse accusation. V.1 : la suscription le nomme shiggaion, chanté au sujet des « paroles de Cush le Benjaminite ». V.2-3 : David cherche refuge contre des poursuivants qui déchireraient son âme comme un lion. V.4-6 : il prête un serment d'innocence, si j'ai fait cela, alors que l'ennemi me rattrape (Sélah). V.7-9 : il appelle Dieu à se lever comme juge et à « me juger selon ma justice ». V.10-12 : Dieu, qui sonde les cœurs et les reins, est un juge juste, indigné chaque jour. V.13-17 : le méchant aiguise son épée, mais ses propres armes se retournent contre lui ; il creuse une fosse et y tombe ; son mal retombe sur sa propre tête. V.18 : David termine par la louange de l'Éternel Très-Haut.

רמז · Remez: allusion

Le mot שִׁגָּיוֹן (shiggaion, v.1) se construit sur la racine shagah, « errer, tituber, s'égarer », la même racine que le pas chancelant de l'ivrogne ou la pensée vagabonde. Le titre lui-même annonce un chant qui ne tient pas la ligne droite, une musique d'agitation qui convient à l'homme bafoué. Au v.10, Dieu est bochen libot u-khlayot, « celui qui éprouve les cœurs et les reins ». Dans la physiologie biblique, le cœur est le siège de la pensée, les reins (kelayot) le siège des pulsions les plus profondes et de la conscience. Dieu ne juge pas l'acte seul ; il pèse le motif caché. Le verbe bochen (sonder, éprouver) est le langage de l'affinage du métal : Dieu éprouve le minerai intérieur.

דרש · Drash: interprétation

Le centre du psaume est le boomerang de la justice (v.15-17). Le méchant est décrit par trois verbes d'enfantement : il conçoit (וְהָרָה) le mal, est enceint de la peine, et met au monde (וְיָלַד) le mensonge (v.15), le mal gestation et accouche, mais l'enfant est la fraude, qui n'a pas de vie. Puis v.16 : bor karah, « il a creusé une fosse, l'a approfondie, et il tombe dans le piège qu'il a fait ». La justice ici n'est pas imposée du dehors ; c'est le recul naturel de l'acte. V.17 le scelle : « son mal retourne sur sa propre tête, sa violence descend sur son propre crâne ». Les Sages lisent cela comme middah ke-neged middah, mesure pour mesure : le piège qu'on bâtit est le piège qui nous retient.

סוד · Sod: sens mystique

Le shiggaion est le chant du tikkoun par la descente. David laisse la musique « tituber » (v.1) parce que l'âme sous accusation ne peut pas chanter droit : elle doit traverser le tortueux pour atteindre le droit. Les « cœurs et reins » du v.10 se déploient sur les sefirot intérieures : le cœur comme Tiferet (le centre d'équilibre), les reins comme les racines cachées de Netsah et Hod, les pulsions sous la pensée. Être éprouvé là, c'est être connu jusqu'à la racine. La fosse du v.16 est la klipah, l'écorce que le méchant creuse autour de lui ; y tomber n'est pas un châtiment mais un enfermement dans sa propre construction. Et v.18 résout le chant sauvage en zimrah, louange d'Elyon, le Très-Haut : la ligne erratique enfin redressée par le chant.