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Tehilim 6: Ne me reprends pas dans Ta colère

תְּהִלִּים ו · יְהֹוָה אַל בְּאַפְּךָ
Le premier des sept psaumes pénitentiels. Un cri du fond de la maladie et de l'angoisse : les os ébranlés, l'être saisi d'effroi, un lit trempé de larmes chaque nuit. Le retournement vient tard et d'un coup au verset 9 : l'Éternel a entendu, et la plainte bascule dans la confiance. Récité dans les temps de maladie, de détresse, et les jours de supplication (tahanoun).
♫ Suggestion guitare
| Am Am | Dm Dm | Am Em | Dm Am |
~70 BPM · 4/4 · arpège doux pouce-index-majeur · une mesure par stique, deux mesures par verset · pour réinitialiser la progression : ↺ remettre par défaut
1
לַמְנַצֵּחַ בִּנְגִינוֹת
עַל הַשְּׁמִינִית מִזְמוֹר לְדָוִד
לַמְנַצֵּחַ
lam-na-TZE-ach
pour le chef de chœur
בִּנְגִינוֹת
bin-gi-NOT
avec instruments à cordes
Pour le chef de chœur, avec instruments à cordes
עַל
AL
sur
הַשְּׁמִינִית
ha-she-mi-NIT
la sheminith (la huitième)
מִזְמוֹר
miz-MOR
un psaume
לְדָוִד
le-da-VID
de David
sur la sheminith. Psaume de David.
Suscription, une indication d'exécution. La-menatzéah ("pour le chef de chœur") + bi-nginot (avec instruments à cordes) + al ha-sheminith ("sur l'octave", litt. "sur la huitième", sans doute une lyre grave à huit cordes). C'est le verset 1 et il est compté comme tel.
2
יְהֹוָה אַל בְּאַפְּךָ תוֹכִיחֵנִי
וְאַל בַּחֲמָתְךָ תְיַסְּרֵנִי
יְהֹוָה
a-do-NAY
ô Éternel
אַל
AL
ne…pas
בְּאַפְּךָ
be-ap-PE-kha
dans Ta colère
תוֹכִיחֵנִי
to-khi-CHE-ni
me reprends
Ô Éternel, ne me reprends pas dans Ta colère
וְאַל
ve-AL
et ne…pas
בַּחֲמָתְךָ
ba-cha-mat-KHA
dans Ta fureur
תְיַסְּרֵנִי
te-yas-se-RE-ni
me châtie
ni ne me châtie dans Ta fureur.
La supplique ne vise pas la correction mais sa température. Le priant ne demande pas d'échapper au châtiment : il demande qu'il ne vienne pas be-apkha (dans Ta colère) ni ba-hamatkha (dans Ta fureur). Corrige, soit ; mais dans l'amour, pas dans le courroux.
3
חָנֵּנִי יְהֹוָה כִּי אֻמְלַל אָנִי
רְפָאֵנִי יְהֹוָה כִּי נִבְהֲלוּ עֲצָמָי
חָנֵּנִי
cho-NE-ni
aie pitié de moi
יְהֹוָה
a-do-NAY
ô Éternel
כִּי
KI
car
אֻמְלַל
um-LAL
fané / sans force
אָנִי
A-ni
[suis] je
Aie pitié de moi, ô Éternel, car je suis fané
רְפָאֵנִי
re-fa-E-ni
guéris-moi
יְהֹוָה
a-do-NAY
ô Éternel
כִּי
KI
car
נִבְהֲלוּ
niv-ha-LU
sont ébranlés d'effroi
עֲצָמָי
a-tza-MAI
mes os
guéris-moi, ô Éternel, car mes os sont ébranlés d'effroi.
Le corps parle. Umlal dit fané, vidé de sa sève, comme une plante coupée. Et nivhalou atzamai : « mes os sont ébranlés d'effroi » : la peur a gagné la part la plus profonde et la plus solide de soi. Noter la symétrie : haneni (pitié) pour l'âme, refa'eni (guéris) pour le corps.
4
וְנַפְשִׁי נִבְהֲלָה מְאֹד
וְאַתָּה יְהֹוָה עַד מָתָי
וְנַפְשִׁי
ve-naf-SHI
et mon âme
נִבְהֲלָה
niv-ha-LA
est saisie d'effroi
מְאֹד
me-OD
extrêmement
Et mon âme est extrêmement saisie d'effroi
וְאַתָּה
ve-a-TA
et Toi
יְהֹוָה
a-do-NAY
ô Éternel
עַד
AD
jusqu'à
מָתָי
ma-TAI
quand ?
mais Toi, ô Éternel, jusqu'à quand ?
Le cri inachevé. Le corps s'ébranlait au v.3 ; voici que la néfesh (l'âme, l'être tout entier) s'ébranle aussi, me'od, « très fort ». Puis la phrase se rompt simplement : « et Toi, Éternel, jusqu'à quand ! » Aucune proposition achevée. La prière la plus honnête dans la détresse est celle qui ne parvient pas à se finir.
5
שׁוּבָה יְהֹוָה חַלְּצָה נַפְשִׁי
הוֹשִׁיעֵנִי לְמַעַן חַסְדֶּךָ
שׁוּבָה
shu-VA
reviens
יְהֹוָה
a-do-NAY
ô Éternel
חַלְּצָה
chal-le-TZA
délivre
נַפְשִׁי
naf-SHI
mon âme
Reviens, ô Éternel, délivre mon âme
הוֹשִׁיעֵנִי
ho-shi-E-ni
sauve-moi
לְמַעַן
le-MA-an
au nom de
חַסְדֶּךָ
chas-DE-kha
Ta bonté
sauve-moi au nom de Ta bonté.
Trois impératifs d'affilée : shouva (reviens / retourne-Toi), haltza (dégage, délivre), hoshi'éni (sauve-moi). Et le fondement de la demande n'est pas le mérite du suppliant mais hasdekha, « au nom de Ta bonté ». L'argument repose sur qui est Dieu, non sur qui est le souffrant.
6
כִּי אֵין בַּמָּוֶת זִכְרֶךָ
בִּשְׁאוֹל מִי יוֹדֶה לָּךְ
כִּי
KI
car
אֵין
EIN
il n'y a pas
בַּמָּוֶת
ba-MA-vet
dans la mort
זִכְרֶךָ
zikh-RE-kha
souvenir de Toi
Car dans la mort il n'y a pas de souvenir de Toi
בִּשְׁאוֹל
bish-OL
au Shéol
מִי
MI
qui
יוֹדֶה
yo-DE
rendra grâce
לָּךְ
LAKH
à Toi
au Shéol, qui Te rendra grâce ?
L'argument le plus audacieux de la prière : garde-moi en vie, car les morts ne peuvent Te louer. Zikhrekha (Ton souvenir, Ta mention) et yodé lakh (Te rend grâce) ont besoin d'une voix vivante. Au Shéol, la fosse silencieuse, il n'y a pas de liturgie. Plaidoyer non de mérite, mais d'utilité.
7
יָגַעְתִּי בְּאַנְחָתִי
אַשְׂחֶה בְכָל לַיְלָה מִטָּתִי
בְּדִמְעָתִי עַרְשִׂי אַמְסֶה
יָגַעְתִּי
ya-GA-ti
je suis épuisé
בְּאַנְחָתִי
be-an-cha-TI
à force de gémir
Je suis épuisé à force de gémir
אַשְׂחֶה
as-CHE
j'inonde
בְכָל
be-KHOL
chaque
לַיְלָה
LAI-la
nuit
מִטָּתִי
mi-ta-TI
mon lit
chaque nuit j'inonde mon lit
בְּדִמְעָתִי
be-dim-a-TI
de mes larmes
עַרְשִׂי
ar-SI
ma couche
אַמְסֶה
am-SE
je fais fondre
de mes larmes je fais fondre ma couche.
Le verset le plus charnel du psaume. Yagati be-anhati : « je suis épuisé à force de gémir ». Puis deux images parallèles de noyade : aschè (je fais nager / j'inonde) mon lit chaque nuit, amsè (je dissous / je fais fondre) ma couche de larmes. Les verbes sont mouillés, la nuit sans fin. Le chagrin y est un liquide qui défait le lieu même du repos.
8
עָשְׁשָׁה מִכַּעַס עֵינִי
עָתְקָה בְּכָל צוֹרְרָי
עָשְׁשָׁה
a-she-SHA
s'est usé
מִכַּעַס
mi-KA-as
de chagrin
עֵינִי
ei-NI
mon œil
Mon œil s'est usé de chagrin
עָתְקָה
at-KA
il a vieilli
בְּכָל
be-KHOL
à cause de tous
צוֹרְרָי
tzo-re-RAI
mes oppresseurs
il a vieilli à cause de tous mes oppresseurs.
Les yeux lâchent. Ashesha : usé, terni, rongé (la racine évoque l'étoffe mangée aux mites). La cause, ka'as, le chagrin, la contrariété. Atka : « vieilli », usé avant l'âge, à cause de tzorerai, tous ceux qui le pressent. Même la vue, dernière fenêtre vers le dehors, se voile.
9
סוּרוּ מִמֶּנִּי כָּל פֹּעֲלֵי אָוֶן
כִּי שָׁמַע יְהֹוָה קוֹל בִּכְיִי
סוּרוּ
SU-ru
écartez-vous
מִמֶּנִּי
mi-ME-ni
de moi
כָּל
KOL
tous
פֹּעֲלֵי
po-a-LEI
artisans de
אָוֶן
A-ven
l'iniquité
Écartez-vous de moi, vous tous artisans de l'iniquité
כִּי
KI
car
שָׁמַע
sha-MA
a entendu
יְהֹוָה
a-do-NAY
l'Éternel
קוֹל
KOL
la voix de
בִּכְיִי
bikh-YI
mon pleur
car l'Éternel a entendu la voix de mon pleur.
Le pivot de tout le psaume. Huit versets d'effondrement, puis, sur un seul mot, tout bascule : ki shama, « car Il a entendu ». Non pas entendra, mais l'accompli : la réponse est déjà au passé. La voix qui se noyait se tourne enfin vers le dehors et congédie les malfaiteurs. Kol bikhyi, « la voix de mon pleur », a été entendue.
10
שָׁמַע יְהֹוָה תְּחִנָּתִי
יְהֹוָה תְּפִלָּתִי יִקָּח
שָׁמַע
sha-MA
a entendu
יְהֹוָה
a-do-NAY
l'Éternel
תְּחִנָּתִי
te-chi-na-TI
ma supplication
L'Éternel a entendu ma supplication
יְהֹוָה
a-do-NAY
l'Éternel
תְּפִלָּתִי
te-fi-la-TI
ma prière
יִקָּח
yi-KACH
reçoit
l'Éternel reçoit ma prière.
L'écoute est reprise et achevée. Shama du v.9 revient, joint maintenant à un second verbe, yikach, « prend, reçoit » la prière. Trois mots montent aux v.9-10 : kol bikhyi (le pleur), tehinati (la supplication), tefilati (la prière), du son brut aux mots formés, puis à l'offrande agréée.
11
יֵבֹשׁוּ וְיִבָּהֲלוּ מְאֹד כָּל אֹיְבָי
יָשֻׁבוּ יֵבֹשׁוּ רָגַע
יֵבֹשׁוּ
ye-VO-shu
seront couverts de honte
וְיִבָּהֲלוּ
ve-yi-ba-ha-LU
et saisis d'effroi
מְאֹד
me-OD
extrêmement
כָּל
KOL
tous
אֹיְבָי
o-ye-VAI
mes ennemis
Tous mes ennemis seront couverts de honte et extrêmement saisis d'effroi
יָשֻׁבוּ
ya-SHU-vu
ils reculeront
יֵבֹשׁוּ
ye-VO-shu
couverts de honte
רָגַע
RA-ga
en un instant
ils reculeront, couverts de honte, en un instant.
L'effroi est rendu. La racine b-h-l qui ébranlait les os (v.3) et l'âme (v.4) saisit maintenant les ennemis : yibahalou me'od, « extrêmement saisis d'effroi », mot pour mot ce qu'était le priant. Le renversement est exact. Et il se fait rega, « en un instant » : aussi soudain que le retournement du v.9 lui-même.

♦ Analyse PARDES: פרדס

Les quatre niveaux de lecture juive du texte sacré : פשט Peshat (sens littéral), רמז Remez (allusion symbolique), דרש Drash (interprétation midrashique), סוד Sod (sens mystique). Le mot פרדס signifie « verger », chaque niveau est un fruit.

פשט · Peshat: sens littéral

V.1 : une suscription pour le chef de chœur, avec instruments à cordes, al ha-sheminith ("sur l'octave", litt. "sur la huitième"). V.2 : la supplique du priant : ne me reprends pas dans Ta colère, ne me châtie pas dans Ta fureur. V.3-4 : le corps et l'être s'effondrent : mes os sont ébranlés d'effroi, tout mon être est saisi, et le cri inachevé « et Toi, Éternel, jusqu'à quand ? » se brise. V.5 : reviens, dégage, sauve-moi au nom de Ta bonté. V.6 : l'argument tiré des morts : au Shéol nul ne Te loue. V.7-8 : des nuits trempées de larmes, des yeux usés de chagrin. V.9-11 : le retournement soudain : l'Éternel a entendu mon pleur, ma supplication, ma prière ; mes ennemis seront couverts de honte et reculeront.

רמז · Remez: allusion

הַשְּׁמִינִית (ha-sheminith, v.1), « la huitième » : les maîtres y lisent une lyre grave à huit cordes, mais le nombre lui-même fait signe au-delà du sept de l'achèvement (la semaine, la menora, les jours de deuil). Le huit est ce qui se tient après le cercle clos : la circoncision au huitième jour, le monde à venir. Un psaume chanté al ha-sheminith est chanté depuis au-delà de l'ordre naturel, là où vient la guérison. נִבְהֲלוּ (nivhalou, v.3), « sont ébranlés, terrifiés », est la racine même qui revient au v.4 pour l'âme (nivhala) et au v.11 pour les ennemis (yibahalou) : l'effroi qui saisit le priant est, à la fin, retourné à ceux qui le poursuivaient. Le verbe traverse tout le psaume.

דרש · Drash: interprétation

עַד מָתָי (ad matai, v.4) = « jusqu'à quand ? » : le cri se brise, inachevé. Le verset dit « et Toi, Éternel, jusqu'à quand ! » sans proposition complète. Il n'y a pas de question plus honnête dans la détresse que celle qui ne parvient pas à finir sa phrase. Le Midrash entend dans la phrase rompue tout le poids d'une souffrance qui a perdu ses mots. V.6 formule l'argument le plus audacieux de la prière : les morts ne Te louent pas, garde-moi en vie, pour Toi-même, car la louange a besoin des vivants. Ce n'est pas un plaidoyer de mérite mais d'utilité. Puis V.9 bascule sur un seul verbe accompli, שָׁמַע (shama, « a entendu ») : non pas entendra, mais a déjà entendu. La guérison est grammaticalement au passé avant que le corps ne la sente.

סוד · Sod: sens mystique

Le psaume est bâti sur la charnière entre sept et huit. Le sept est Malkhout, le monde inférieur de la nature où règnent la maladie, la nuit et la tombe (v.2-8, tout en corps, tout en ténèbre). La sheminith, la huitième, ouvre sur ce qui est au-dessus de la nature, là où le décret peut être renversé. Le retournement du v.9, ki shama, « car Il a entendu », est le passage du sept au huit : la même prière, chantée maintenant de l'autre côté. Les trois termes des v.9-10, kol bikhyi (la voix de mon pleur), tehinati (ma supplication), tefilati (ma prière), montent comme trois étincelles ascendantes, et le triple renversement des ennemis au v.11 (yevoshou, yashouvou, yevoshou) le scelle. Prier ce psaume, c'est chanter la nuit jusqu'à ce que la huitième corde résonne.